samedi 14 février 2009

UNE CORDELISTE: ISABEL MAIA



au centre, la mère d'Isabel

La mére d'Isabel est maintenant une vieille dame de 92 ans à qui elle doit le goût pour les histoires. Sa mère n'est pratiquement jamais allée à l'école, les premiers jours de sa scolarité elle avit vu le maître battre sa soeur et demandé alors à son père le droit de ne plus y retourner, elle préférait travailler dans les champs et apprendre à lire à la ferme, ce qui fut fait. Pour cette raison, elle a très peu écrit et ne maitrisait pas l'orthographe mais aimait dire les poèmes et histoires qu'elle inventait. Quand Isabel était petite, elle l'a entendue plus d'une fois conter et le conte qu'elle préférait, c'était "Donzela Teodora" qui discutait avec les savants et leur clouait le bec, ce conte traditionnel fut repris en cordel Leandro Gomes de Barros.

En 2005 son frère poète mourut en laissant inachevé "A viagem do ciclista" (le voyage du cycliste), un jour, elle le relut et entreprit de le terminer, son autre frère qui travaillait dans le rayon vélo lui fournit les détails plus techniques et Isabel se mit à écrire des vers, elle y prit goût, "plus je m'enthousiasmais, plus je trouvais ça bon" et mit un point final au cordel.

Ce sont toujours les histoires colportées dans sa famille ou celles vécues par les uns et les autres qui servent de support à ses cordels. Elle me cite "A morte de Viriato" comme exemple d'une des nombreuses histoires que racontait sa mère et qu'elle adapta en cordel ou encore "Viriato e Batista", qui met en scéne une querelle entre les 2 hommes à laquelle avait assisté son arriére-arriére -grand -père. Son cordel "A viagem de Manezinho" , c'est l'histoire d'un homme timide qui ne se trouvait pas de bonne amie, le père l'envoie chez ses cousines où il est reçu comme un roi, il s'empiffre comme 4 et pendant la nuit , a besoin de se soulager, il fait ses crottes dans un mouchoir et s'enfuit à l'aube , en laissant ce cadeau parfumé.

Isabel a supporté durant des années un mari volage, elle me dit que les seules disputes entre eux étaient à ce propos, il jurait que ... et puis retournait voir sa maîtresse, elle l'a quittée puis ils se sont remis ensemble, et deux mois aprés, c'était de nouveau la même histoire, la rupture fut alors définitive et Isabel écrivit "Triangulo amoroso".
Aguentou muitos anos a relação do marido com outra mulher e Isabel me explica que os únicos motivos de briga entre eles era por causa disso, ele prometia que deixaria a outra e ia de novo pouco tempo depois, ela resolveu se separar mas se juntaram de novo e quando ele voltou com a outra , a ruptura foi definitiva e a relação inspirou Isabel para escrever "O triangulo amoroso".
Son cordel le plus récent, "Paraíba trocador" (il a été publié en janvier 2009) évoque un homme qui allait aux puces et avait la manie de tout troquer. C'est grâce à Altair Leal , qui a monté "Pantera cordelaria", une maison d'édition à Paulista dans la banlieue de Recife qu'Isabel a rencontré les gens d'Unicordel et participe depuis aux activités du groupe.

Autre événement important pour elle, la publication du livre à compte d'auteur "Maia - Contos e Poesias” avec un cocktail le 3 février 2009 pour fêter ça. C'était le rêve de son frère de pouvoir publier ses écrits, le livre reprend son oeuvre, celles de sa mère et d'Isabel. Le livre s'est bien vendu, elle en a donné aussi beaucoup et il ne lui en reste plus, elle espére faire bientôt un autre tirage.

Foi de sua mãe que Isabel herdou esse interesse e gosto pelas estórias. Sua mãe, agora uma senhora de 92 anos, não foi muito tempo pra escola porque nos primeiros días de escola, viu o professor bater na sua irmã e pediu ao seu pai que ficasse em casa, falou que prefiria trabalhar na roça e aprender a ler em casa e assim foi. Por isso, ela escrevia pouco porque não conhecia a ortográfia mas gostava muito de recitar poemas e contar as estórias que inventava e seguiu fazendo o mesmo com a filha. Quando Isabel era criança, de todos os contos que ouviu da mãe , o preferido era "Donzela teodora", essa menina que falava com os sabios e podia fazer debate com eles. O caso de História da Donzela Teodora foi recolhido por Leandro Gomes de Barros e transformado em cordel.
Em 2005, morreu o seu irmão poeta sem acabar "A viagem do ciclista" , pouco tempo depois leio Isabel de novo o poema e pensou que seria bom terminar, seu outro irmão que trabalha com bicicletas lhe deu ajuda para os detalhes mais técnicos e ela começou a fazer versos "Quanto mais escrevia, mais gostava de escrever e achava bom o que fazia." e o fim do cordel do irmão foi o começo da sua produção poética .
Sempre são as estórias que ouve e ouvia , algumas que aconteceram a pessoas da familia o aos vizinhos, que utiliza como materia para os seus cordéis, um exemplo é "A morte de Viriato" que fazia parte dos contos de sua mãe ou "Viriato e Batista" que relata uma briga entre 2 homens, briga a que assistiu o seu trisavo.
O seu cordel "A viagem de Manezinho" fala de um homem muito tímido que não conseguia arranjar namorada, o pai mandou ele pra casa das primas que o receberam como um rei. Ele aproveita, de comer tanto durante a noite precisa ir pra banheiro, não sabe onde é , deixa o côco num lençol e foge cedo.
Aguentou Isabel muitos anos a relação do marido com outra mulher e me explica que os únicos motivos de briga entre eles era por causa disso, ele prometia que deixaria a outra e ia de novo pouco tempo depois, ela resolveu se separar mas se juntaram de novo mas quando ele voltou com a outra , a ruptura foi definitiva e a relação inspirou Isabel para escrever "O triangulo amoroso".
O cordel mais recente "Paraíba trocador" que Isabel publicou em janeiro vem de unm homem que sempre ia para as e acostumava trocar tudo. Graça a Altair Leal, um cordelista que montou sua propria editora "Pantera cordelaria" em Paulista, perto de Recife, Isabel entrou em contato com os de Unicordel e participa des aquel momento nas atividades do grupo.

Um acontecimento importante para ela foi a publicação do livro "Maia - Contos e Poesias” . Fizeram um coquetel com 1000 salgadinhos para comemorar o evento . O livro é de tripla autoria de Leocádia Maia, a mãe, de Isabel Maia e de Jairo Maia (Castanha), falecido em 2005. Era o sonho do irmão falecido, Jairo , poder publicar os seus escritos . O livro se vendeu bem , Isabel deu muitos também , aí mandou fazer 20 mais.

LES CANGACEIROS: DURVINHA ET MORENO (3)


Au cours de cette journée passée sur la terre natale de Lampião, Cleonice me parle aussi du couple Durvinha -Moreno. En fait, au début Durvinha est la compagne de Virgínio, le beau-frére de Lampião dont elle a 2 enfants mais il meurt dans une embuscade et elle se marie un peu plus tard avec Moreno. Ils ont un fils, Inácio qu'ils vont laisser à un Père à Tacaratu,au Pernambouc. Quand ça commence à sortir le roussi pour les cangaceiros, après la mort de Lampião, ils décident de fuir à pied pour le Minas Gerais ( la distance c'est une bagatelle de 1500 à 2000 km selon le point de départ et celui d'arrivée). Ils s'installent à Augusto de Lima dans le nord de Minas, il bosse à couper du bois et se jurent mutuellement de ne jamais révéler à quiconque leur passé, ils ont 5 enfants qui grandissent et les parents, eux, vieillissent . En 2005, Moreno tombe malade et veut savoir ce qu'est devenu le premier fils qu'ils ont eu, ils révèlent la vérité à leur progéniture et partent à la recherche du fiston, retrouvent d'abord la soeur de Durvinha qui la croyait morte, le choc! puis la trace de leur fils âgé de 65 ans , policier à Rio. Retrouvailles émouvantes pour tout le monde.

Durvinha est morte l'année dernière en juin à l'âge de 93 ans, Moreno aura 98 ans cette année.

vendredi 13 février 2009

BRÈVES DE RECIFE

Je suis rentrée le week-end dernier et on est déjà vendredi . Ici les préparatifs pour le carnaval redoublent d'intensité. Les bus qui passaient par le centre, par la rue Nossa Senhora do Carmo ont leur parcours dévié depuis lundi car des ouvriers sont en train de monter les gradins pour le Galo da Madrugada*. Sur la place de la République, les effigies du Carnaval colorées et assez grandes éclipsent les statues du parc. A Boa Viagem, le long du canal, des stands de déguisements se sont installés le long du canal, comme c'est le cas aussi un peu partout.


Rencontre d'Ester qui fait une thèse de doctorat sur la question du genre dans l'afoxé. On se retrouve Vera , elle et moi à une table en terrasse du bar d'Henrique dans le quartier de Boa Vista et la première chose qui saute aux yeux , c'est qu'Henrique, le patron n'est pas du genre commode ni souriant . L'afoxé est parfois aussi appelé Candomblé de Rua, c'est au moment du carnaval un cortège de rue afro-brésilien qui puise ses racines chez les Yorubas et qui est toujours lié à un terreiro de candomblé. Qui dit afoxé dit religiosité, dit culture, dit tradition, dit rythme et musique, au départ seuls les hommes participent à un afoxé alors qu'en Afrique ce n'était pas le cas, c'est ce qui a poussé Ester à traiter ce sujet .


Mardi 10 février, jour J pour Bonecão, c'est son anniversaire, on lui prépare l'accueil à 7 heures du mat avec gâteau et cadeaux avant que Carmen ne parte bosser, Bonecão saute et crie en faisant des pitreries comme une gamine, à réveiller l'immeuble et Yasmin aboie pour ne pas en être en reste. De la part de Carmen c'est une cafetière électrique et moi je lui ai rapporté un sac de plage en corde de Juazeiro do Norte et avant qu'elle ne s'en aille , la cerise sur le gâteau c'est un gros bouquet et Bonecão a un sourire jusqu'aux oreilles.


Récital de cordel sur la plage de Boa Viagem, la mairie a installé toute une aire de jeux, sport et spectacles avec une scène, mercredi à 20h30 c'est le tour des poètes d'Unicordel d'intervenir, José Honório fait une entrée sur scéne des plus cocasses il a des lunettes jaunes qui clignotent un pantalon jaune tout frangé et saute partout en rytme avec la fille qui danse le frevo, des musiciens aussi qui font partie du groupe qui va accompagner Cordel em folia samedi au marché de Boa Vista, chacun vient réciter en y mettant force et conviction mais le micro sature par moment et ça perd du relief pour ne plus sembler que braillard, pour le final ils nous font à plusieurs en avant-première le cordel qui a été fait collectivement cette année autour d'un cordeliste classique, José Martins de Althayde et viennent le distribuer aux quelques spectateurs, le tee-shirt qu'ils font chaque année à l'occasion du Carnaval et vendent pour se faire quelques ronds est prêt lui aussi mais ils n'ont apporté que des grandes tailles, pas pour moi, je l'achèterai samedi.

Je voulais aller et j'y suis allée à la Terça negra (Mardi noir) dans le pátio de São Pedro mais il semble qu'á cause de la proximité du Carnaval, aucun groupe de musique afro-brésilienne qui assure les Mardis noirs n'intervienne ce mardi.



O galo da Madrugada* (le coq de l'aube) est un bloco qui part du quartier de São José dans le centre de la ville et qui inaugure le carnaval, il est considéré comme le plus grand bloco du monde , il est suivi par 1 à 2 millions de personnes

mercredi 11 février 2009

UNE CANGACEIRA: SILA (2)

Au cours du samedi passé avec Domá et Cleonice, on a eu le temps de parler pas que de Lampião des autres aussi et j'apprends comme ça l'existence d'une cangaceira, Sila de son vrai nom Ilda Ribeiro de Souza (1919-2005). Elle vécut 2 ans dans le cangaço aux côtés de Zé Sereno, ils eurent 4 enfants. elle accoucha du premier en pleine nature , elle dut le confier à des parents et apprit plus tard qu'il n'avait pas vécu longtemps. De son compagnon , elle dit que , s' il était bon pére d'un côté, de l'autre c'était un fameux coureur de jupons.Elle fut une des rares à échapper au massacre de Angicos au cours duquel furent tués Lampião et Maria Bonita. Elle raconta plus tard que la nuit avant , elle discuta un bon moment avec Maria Bonita qui était triste et lui aurait dit qu'elle en avait marre de cette vie de traqués, elles virent toutes les deux des petites lueurs au loin qu'elles prirent pour des vers luisants alors que c'était lla brigade volante qui préparait l'assaut. Deux ans plus tard Zé et Sila furent de ceux qui se rendirent, pas fait prisonniers mais n'avaient pas le droit de quitter la ville , ils finirent par atterrir à São Paulo où elle travailla comme couturière pour faire bouillir la marmite, pour la chaîne de télé Bandeirantes et puis à faire des costumes pour des actrices célèbres comme Regina Duarte et Fernanda Montenegro (l'actrice de Estação central do Brasil) sans jamais rien révéler de son passé et ses enfants grandirent et peu à peu elle conta les choses du passé, mais elle a reconnu qu 'elle n'avait pas vraiment idée de ce qu'était le cangaço, un mouvement révolutionnaire? Personne à cette époque-là le définissait comme tel. Pour elle , c'était une façon de survivre sans avoir à obéir aux coronéis et vivre sous leur coupe; elle trouvait que ce n'était pas une vie mais il n'y avait pas le choix. Zé sereno est mort en 1982, et elle, Sila en 2005

mardi 10 février 2009

SERRA TALHADA ET LE CANGAÇO

la pierre de la première embuscade

la maison natale de Lampião
A Serra Talhada, je rencontre Lu, ça s'est fait par HC , c'est toujours un peu par hasard, Lu répond presque aussitôt à mon mèl qu'on peut se rencontrer et qu'elle m'attend, elle est au chômage parce qu'elle a laissé son boulot et s'occupe pour le moment de son neveu dont les parents sont partis à São Paulo durant une semaine. Grâce à elle, je pénètre un peu plus dans la réalité d'une ville de l'intérieur, c'est pas planant! Ce qu'elle veut, c'est pouvoir en sortir, c'est plutôt étriqué sur tous les plans, boulot, mec et vie. Elle prend plutôt ça avec philosophie mais ça n'empêche qu'elle est prête à aller voir ailleurs. Comme elle habite un peu en dehors du centre ville, c'est l'occasion pour moi de voir une rue de province, pas encore asphaltée, où les gens sortent leurs chaises et prennent le frais sur le pas de la porte. S'il pleut, ça devient tout de suite de la gadoue et des manoeuvres à n'en plus finir pour ne pas s'embourber. Les grenouilles croasssent dans les terrains vagues alentour.
A Serra Talhada, il y a aussi un musée du cangaço et on est à une trentaine de kilomètres de la ferme où est né Lampião, je ne vais pas manquer ça. Le musée, c'est l'oeuvre de Domá et Cleonice, ils ont monté ça tout seuls, par passion et puis on leur a fourni un local, le musée a deux parties expo des photos et objets puis au fond une salle pour spectacles, visionnements et conférences avec des étagères pleines de bouquins sur les cangaceiros. La fille de l'accueil me donne quelques explications au début puis me laisse voir tout ça à mon aise. Sur une table, des centaines de cordels dont des introuvables, des très anciens, ça demande qu'on y revienne pour fouiller ça un peu plus. Par coup de bol, un de plus , je vais rencontrer le couple et passer la journée avec eux le lendemain. Ça se passe comme ça, Lu m'emmène à l'anniversaire de sa mère, son beau-frére le plus tchatcheur travaille à la télé locale et me parle des gens du musée, de là il téléphone à Cleonice . Comme elle vient au musée le lendemain et compte aller jusqu'á la maison natale de Lampião dont ils s'occupent aussi, tout baigne et moi aussi dans l'ambiance cangaceiro pendant toute une journée. Je pars avec elle, dans l'autre voiture , Domá son mari avec une èquipe de l'université de Recife qui veut réaliser un documentaire de 30mn, (le temps qu'on leur laisse pour l'émission, ils veulent aussi aller à Serra Grande où Lampião et 60 hommes ont tenu tête à 200 policiers et sans perte pour eux et qui reste dans l'histoire comme le plus grand combat du cangaço. Mais dès qu'on aborde le sujet, même si l'on part des faits , on finit toujours à un moment donné par les légendes qui courent sur le compte des cangaceiros, leurs faits et gestes se colportaient par cordel ou par des versions orale et l'imaginaire était lancé.
Au cours du repas, plus tard ils parlent d'un auteur spécialiste du cangaço, Federico Mello de Pernambuco dont j'avais vu la dernière publication à l'aéroport " Quem foi Lampião" et ce que la tablée lui reproche, c'est d'une part de toucher des cachets exhorbitants pour faire une conférence(300 000 R) et avoir des exigences de vedette comme une voiture blindée pour circuler et d'autre part d'"élitiser" Lampião , de vouloir en faire un héros pour une classe bien pensante avec quelques petites inversions sur les chiffres parfois, du style s'il y a eu 5 blessés dans la brigade volante et 1 du côté des cangaceiros, c'est le contraire qui apparait dans le livre. Domá lui reconnaît que c'est un homme qui sait parler et bien présenter les choses alors que lui, s'il se sent en confiance, commence à parsemer le discours d'expressions familières et de jurons et que ça la fout mal.
Cleonice passe tout le trajet à raconter et raconter encore, la petite maison où naquit Lampião et qu'ils ont retapée et transformée en musée est celle de la grand-mère, les parents habitaient un peu plus loin, la mère venaient accoucher là et puis repartait chez elle avec le nouveau-né, Lampião fut le seul à rester là après. Elle me fait part aussi d'une histoire que peu de gens connaissent, la mére de Lampião avait une liaison avec une homme marié et elle tomba enceinte, pour elle c'était la fin , l'amant décida alors de proposer sa petite amie à un homme qu'il connaissait et pour le geste, se marier avec elle, il recevait un lopin de terre, ainsi fut fait. Antônio , l'aîné n'était que le demi-frére de Lampião, il devient lui aussi cangaceiro et meurt acidentellement en chahutant avec Luis Pedro, le cangaceiro recruté à Triunfo. Celui -ci prêt à payer de sa vie pour ce coup mortel, raconte tout à Lampião qu'on est allé chercher à 3 lieues de là puis lui tend son arme en disant: "Voilà mon arme, fais de moi ce que tu voudras" , Lampião lui aurait alors répondu : "Tu es courageux, petit. A partir de maintenant, tu vas prendre sa place et désormais mon frére c'est toi".

Lampião tenait plus de sa mère pour le caractère que du père , plutôt homme pacifique qui voyant la fougue de ses rejetons, avait l'habitude de leur ôter le fusil quand les fils partaient faire la fête mais la mère contournait la maison pour leur redonner en cachette , "Je ne veux pas de fils mort", disait-elle.
On quitte la PE490 baptisée rodovia Virgolino Ferreira da Silva pour prendre le chemin qui méne à la ferme et auquel ils ont donné le nom de Zé Saturnino parce qu'il est un élément-clé dans l'histoire, qu'il fut le premier ennemi de Lampião. Ses enfants habitent encore là et ont des rapports de bon voisinage avec les inconditionnels de Lampião que sont Cleonice et Domá, tout le monde se respecte sans avoir le même avis sur la question.
On va s'arrêter un peu plus loin à la pierre de l'embuscade qui mit le feu aux poudres et Cleonice me donne des détails. Zé Saturnino et Lampião étaient des ados copains comme cochons et puis comme Lampião était trés bon danseur, les dames l'avaient surnommé "pé de ouro" (pied d'or), bon dompteur d'ânes sauvages et excellait dans le pega o boi, (taureau lâché qu'il fallait attraper) Zé commença à éprouver jalousie et envie. Il y eut un petit accrochage pour un engagement non respecté et ça explosa. Il tendit une embuscade aux frères Ferreira à la pierre (photo), l'un fut blessé. Ils cherchèrent alors à porter plainte mais les autorités de désintéressÈrent du cas , là on raconte que Virgolino serait allé acheter deux fusils en disant "les voilà , mes deux avocats" et la mort du père, abattu froidement à la place de ses fils va être la goutte qui fait déborder le vase. Lampião et ses fréres rejoignent le cangaço.




lundi 9 février 2009

JUAZEIRO DO NORTE (CEARÁ)

Edson et Maria Eli
C'est assez galère de vouloir aller de Serra Talhada à Juazeiro do Norte, pas de bus dans la journée et celui de nuit arrive à 3 heures du matin, ça ne me branche pas du tout de me pointer en pleine nuit dans une ville que je ne connais pas. Et puis je me rappelle que Terezinha de la pousada de Triunfo m'avait dit qu'elle connaissait un homme qui faisait le voyage mais c'est panier percé car il ne veut pas voyager le jour prévu pour Juazeiro et moi, par contre, je dois y prendre l'avion le 6 février. Mais comme les choses arrivent à se mettre en place , au retour de São José do Belmonte, je tombe sur un homme qui a déjà fait le voyage et me fait rencontrer l'homme qui assure une liaison jusqu'au Ceará. Départ à 6 heures du mat , une fois passé la frontière entre les deux états, le paysage devient plus vert, on arrive dans la vallée du Cariri mais le tronçon de route jusqu'à Brejo Santo est dans un sale état, aprés, ça s'arrange. J'arrive à Juazeiro do Norte sur le coup de 11 heures du matin, première impression , c'est l'horreur, il y a des Padre Cícero* partout, toutes les rues portent des noms de saints ou de papes. il vient juste d'y avoir une fournée de pélerins et la ville se remet , c'est à dire que toutes les pousadas sont fermées ou presque, vu qu'elles ont fait leur beurre. Pas évident de trouver une chambre, j'atterris dans un hôtel, avec des km de couloirs remplis de dortoirs , ma chambre donne sur la cour, c'est mieux mais je me demande ce que je suis venue foutre ici. Heureusement j'ai mes coups de bol, je tombe sur l'hôtel municipal qui me donne un plan de la ville, au SESC ils sont en train d'organiser une cordelthéque et ils m'offrent le livre de la fille que j'aimerais rencontrer et le mégacoup de pot , c'est la rencontre d'Edson avec qui j'avais pris contact par HC, il est venu avec tous ses cordels pour voir si ça m'intéresse et me propose de m'en laisser pour les feuilleter tranquillement et aussi de me faire rencontrer Hamurabi, un cordeliste qui travaille dans une coopératives d'artisans, de sculpteurs sur bois, lui aussi nous offre un cordel qu'il va commencer à chanter en marquant le rythme avec une boîte d'allumettes, l'homme est sympa mais bavard et il faut qu'on s'arrache pour aller voir Fanka, la chercheuse que je voulais rencontrer. La ville fourmille de commerces, il y a aussi la rue des cliniques et spécialités médicales (je pense que ça rappellera quelque chose à Christine et Michel), celle des fringues et tout autour de la place , des marchands de bondieuserie , des statues en plâtre mais comme d'hab pas un seul point d'information touristique. Ici, c'est donc padre Cícero sous toutes les coutures, je vais alors visiter la maison où il a habité un peu plus bas dans la rue où je loge, pleine d'ex-voto puis le Mémorial qui lui est dédié, là c'est photos, tableaux de ceux qui lui ont peint le portrait dans différentes circonstances, le service à vaisselle à son nom, il ne faut pas oublier qu'il venait d'une des famille bourges et conservatrices du lieu et puis aussi ses habits liturgiques, et le linge avec lequel il a essuyé la bouche ensanglantée de la béate qui a senti l'hostie se tranformer en sang. Sur le côté on trouve aussi, à contempler derrière la vitre, la reconstitution de son cabinet de travail. En sortant de là à quelques pas, je vais voir l'église où il est enterré. Il va juste me manquer la colosssale statue à voir de plus près car le matin où je comptais m'y rendre, il se met à pleuvoir de ces pluies tropicales intenses, l'horizon et fermé et une masse de nuages gris va jusqu'à masquer la silhouette du Pére sur la colline, pour la prochaine fois...

Comme je dis quelques lignes plus haut, heureusement il y a Edson à Juazeiro qui me sort de ce pincez-moi je rêve ressenti à l'arrivée, on va se boire un pot dans un bar où le proprio chante devant un micro le répertoire de Bob Dylan, un des rares bars sympas de la ville à ses dires. Edson en est à sa dernière semaine de vacances d'été, lundi il réattaque comme prof en milieu rural, il préfére même si c'est à 1h30 de bus de chez lui car il y a moins d'éléves par classe, seulement une vingtaine. Il est branché sur tout ce qui sort de l'ordinaire, une mine! et il m'évoque alors les côtés délirants des pélerinages quand par exemple il y a des travestis qui y participent, ils font sensation, ou alors quand des pélerins qui ont monté un campement de fortune sur le trottoir devant la cathédrale vont recevoir l'hostie saintement puis se bourrent la gueule et/ou se tapent une putain sous la toile de tente. D'autres ont fait 400 km à pied pour venir demander une faveur. Sous la pluie , on va jusqu'au centre d'art do Banco do Nordeste voir quelques toiles et on rencontre Maria Eli (sur la photo) qui est toute prête à m'aider pour les cordels et qui commence à étudier le français. On va la laisser pour courir sous la pluie jusqu'à chez Fanka.
PS: je mets un lien pour les photos de la ville pour donner une petite idée

Padre Cícero* (1844-1934) , Padim Ciço, c'est le saint local, reconnu comme le Cearense le plus important du siècle, il a été le premier maire de la ville en 1911 quand le bourg a été élevé au rang de ville mais c'est surtout l'histoire de l'hostie qu'il administre à une religieuse et qui se change en sang qui va lui faire gagner son auréole, pas de la part de l'église car il est mis au ban et pris pour un imposteur mais de la part du peuple, la nouvelle du miracle se répand et c'est parti, lui il part à Rome pour rencontrer le pape et il est réadmis au sein de l'église. Il meurt en 34 et la foule suit son cortége funébre. La ville est devenu le lieu de pélerinage du Nordeste, avec une immense statue du Padre dressée sur une colline à quelques km de là.

dimanche 8 février 2009

LES FEMMES DU MMTR: ANEIDA (4)


Aneida habite dans une communauté agricole à 10km de Serra où ils montèrent une association pour mieux fonctionner en 2005, elle en a fait d'abord partie comme simple membre puis le président de l'assoc lui a passé les pouvoirs bien que beaucoup d'hommes trouvaient que ce n'était pas la place d'une femme, elle est alors devenue présidente officiellement, pour le deuxième mandat et elle l'est depuis 3 ans. Aujourd'hui, elle a su se faire reconnaître et ceux qui mettaient en doute sa capacité à assurer la présidence ne veulent plus qu'elle lâche le poste . Aneida passe du temps à faire du porte à porte pour réclamer à tout le monde sa cotisation de 8 Reais par mois et tout le monde paie. La communauté produit du maïs , des feijãos et des légumes avec des engrais. Ses 3 enfants ont entre 10 et 15 ans, son mari la soutient dans ses actions et elle étudie aussi, va à la fac l'aprés-midi. Elle aimerait poursuivre après ça avec des études pour être agronome, d'une durée de 5 ans et elle sait que cela pourra être possible car son mari l'y encourage. Le syndicat va fermer ses portes dans quelques instants, pas le temps d'en savoir plus, ça demande à revenir.

LES FEMMES DU MMTR: APARECIDA (3)


Aparecida fait partie du MMTR et également du syndicat . Avant d'être assentada*, elle a occupé des terres, elle et ses enfants ont vécu acampados* ainsi que 57 autres familles pendant 1 an et demi . Un des grands défis qu'elle a eu à relever , ça a été d'obtenir, en tant que femme séparée, un lopin de la terre conquise. C'est une des choses dont elle a souffert, cette discrimination, on la critiquait pour s'être séparé de son compagnon en la rendant elle seule responsable du fait mais elle a aussi été soutenue par des femmes et quand elle craquait, elle a trouvé l'écoute dont elle avait besoin auprés de Vanete qu'elle considère comme une tante.

Elle me dit que si elle doit donner un conseil à une femme qui passe par une crise conjugale, elle évitera de parler de séparation, lui recommandant plutôt d'essayer de régler le probléme avec le mari mais elle la comprendra si elle tient à le faire, elle ne veut pas s'immiscer dans la vie des autres elle se sent juste en mesure de mieux comprendre et de pouvoir écouter.

Il lui a donc fallu gérer seule son quotidien avec ses 3 enfants, deux vont à l'école le matin, le troisième l'aprés-midi pour pouvoir s'occuper des terres le matin.
Les familles assurent une production collective de légumes ainsi que l'élevage des animaux. Aparecida travaille au syndicat 3 jours par semaine et il lui reste 3 autres jours pour pouvoir s'occuper de son propre lopin de terre.
Ils ont créé à eux tous une assoc pour gérer les besoins et problèmes de l'assentamento dont elle a été élue présidente deux mandats de suite, 4 ans au total mais aujourd'hui elle est redevenue un simple membre car elle ne veut pas assumer trop de choses à la fois pour rester efficace dans ce qu'elle fait .
Le deuxième samedi du mois, il y a une réunion de la collectivité pour discuter des problémes , elle étant au syndicat peut les transmettre et voir si on peut recevoir l'appui du syndicat.

Son objectif et défi tout à la fois c'est de faire venir au MMTR encore plus de femmes, elle juge que beaucoup trop vivent encore sous la coupe du mari. Elle m'invite à venir passer plus de temps avec elles pour mieux appréhender leur réalité, c'est tentant, qui sait... un jour peut-être.
acampados* personnes qui occupent des terres en y montant un campement de fortune souvent et revendiquent qu'elles leur soient attribuées. Le campement peut durer des années avant d'obtenir la terre.
assentada* personne qui , ayant fait partie du campement, va recevoir une partie de la terre conquise pour s'y installer et la cultiver, tout en assurant aussi une production collective.

LES FEMMES DU MMTR: BENEDITA (2)


Le MMTR existe depuis le début des années 90 et Benedita aime à dire que c'est une école parce que, au départ, certaines femmes étaient incapables de se présenter, ne serait-ce que pour dire leur nom en public, pas l'habitude de parler d'elles, et qu'on leur a appris. Une école aussi pour le fait qu'il y a toujours quelque chose à apprendre et à tirer des luttes qu'elles mènent. Au commencement , c'est un groupe de 5 femmes qui décident de faire quelque chose pour les travailleuses invisibles avec comme premier objectif, avoir une carte d'identité. Dans le milieu rural, on ne considérait pas important que les femmes aient une pièce d'identité puisqu'elles avaient peu de contacts avec le monde extérieur. Ce qui impliquait aussi qu'elles aient été déclarées à leur naissance, ce qui était loin d'être le cas de beaucoup d'entre elles. Dans sa famille où ils étaient 8 enfants, elle avait 14 ans quand on a fait son acte de naissance et sa soeur aînée en avait 20 et elle était sur le point de se marier. Sa mére était accoucheuse et a aidé bien des femmes à mettre leurs enfants au monde mais elle n'a jamais eu le droit d'être reconnue comme professionnelle et pourtant c'était tout un travail vu que les conditions de vie étaient plutôt limites.

Benedita fait partie de la commission d'état des travailleuses rurales qui réunit 3 fois par an à Recife les coordinatrices des différentes régions du Pernambouc. Au MMTR, les groupes de travail s'organisent autour de thèmes variés, santé, droit, sexualité, problémes des femmes en milieu rural...
Dans les premiers temps, elle était la seule femme à participer aux réunions des travailleurs agricoles, les maris ne laissaient leurs femmes y venir.

Au syndicat, le parcours commence par la fonction de délégué de base, qui va assister aux réunions et se charger de transmettre leur contenu aux gens de son coin. Aprés avoir été suppléante pendant 4 ans, elle est maintenant directrice depuis 7 ans, le mandat étant de 4 ans, elle l'a d'abord été du secteur Sécurité sociale de 2002 à 2006 et actuellement elle l'est des Finances, si elle brigue un troisième mandat il lui faudra changer de fonction.

Benedita vit dans une ferme à 28 km de Serra et part de chez elle tous les matins à 4h30 pour pouvoir être au syndicat pour 7 heures, elle y travaille jusqu'à 13 h et attaque aprés ça sa deuxième journée de travail aux champs. Elle produit maïs, feijão et pastéques surtout pour la conso familiale et vend le reste quand il y a surplus. Pour elle, le problème majeur, c'est la violence contre les femmes.

LES FEMMES DU MMTR: VANETE (1)


J'avais entendu parler des femmes du Movimento das Mulheres Trabalhadoras Rurais (mouvement des femmes travailleuses rurales) et plus spécialement de celles du sertão do Pajeu (région de Triunfo, Serra Talhada, Santa Cruz da Baixa Verde ...) par Zoé et après par Vera comme étant très actives, dynamiques et organisées et j'avais très envie de les rencontrer. En arrivant à Serra Talhada, il y a eu une première rencontre avec Vanete Almeida, une des fondatrices du MMTR du sertão central du Pernambouc (mouvement qui regroupe des femmes blanches, noires, indigénes, métisses et dont les efforts portent sur la reconnaissance d'un statut pour ces travailleuses). Elle l'est également de Rede-LAC (Réseau de femmes rurales d'Amérique Latine et des Caraïbes) mis sur pied en 1990 qui regroupe 25000 travailleuses de 23 pays. Elle vient d'être élue présidente du syndicat, c'est la première fois qu'une femme assume cette fonction. Vanete habite dans une communauté rurale à 13 km de là et et est sur le point de partir en Uruguay pour participer à une rencontre de Rede-LAC pendant une semaine sur l'impact de la crise dans le monde rural et plus spécialemnt pour les travailleuses agricoles. Un livre vient d´être publié sur elles, avec version en espagnol et en portugais. On parle des gros problèmes encore á résoudre et Vanete insiste sur les femmes invisibles , celles dont on ne parle jamais, les handicapées mentales ou physiques , les femmes âgées et sur le théme de la violence domestique où il y a un énorme travail à faire. Elle évoque aussi la discrimination existant encore actuellement sur le droit à la propriété, même au sein du MST: quand une femme peut avoir accès à la propriété d'une terre, la tendance c'est de lui de demander si elle n'a pas un frère ou un fils à qui donner le titre de propriété.

Autre probléme, celui du financement, entre autre, des voyages pour les rencontres entre les femmes du réseau. A l'intérieur du Brésil, le gouvernement paie les billets d'avion mais il lui faut trouver des arrangements quand ça se passe dans un autre pays.

Vanete va aussi me donner les contacts avec les poètes qu'elle connaît et aussi pour pouvoir rencontrer ces femmes qui luttent.

C'est peu de mots pour parler d'elle , de l'immense travail qu'elle a fait en 30 ans, elle fait d'ailleurs partie des 1000 femmes proposées pour un prix Nobel de la Paix collectif en 2005 .

Moi, je lui tire mon chapeau!

samedi 7 février 2009

SERTÃO DO PAJEU: JOSUÉ, POÈTE ET SYNDICALISTE


A l'heure où j'arrive à São José do Belmonte, à 40km de Serra Talhada, Josué est au Sindicato dos Trabalhadores Rurais du lieu, dont il est le président. La poésie c'est une tradition dans sa famille, son père en écrivait et pour lui , ça a commencé par être un passe temps de plus car il aime aussi la musique, le forró et joue guitare et accordéon avec son groupe Grupo sem fronteira partout où il peut, le week-end il y a toujours quelque chose à fêter et ils font ça par goût, par passion pour le fun. Pour revenir à la poésie, il se considère comme un poéte populaire, simplement, il est allé à l'école jusqu'à 13 ans et ne se considére pas comme une personne trés instruite, c'est dans sa terre et la vie des gens du sertão qu'il puise son inspiration et ses cordels sont liés aux problémes du monde rural et de l'environnement. On reparle de son père mort il y a deux ans qui avait publié 2 ouvrages de poésie et participé à une émission de radio sur le sertão. Josué, lui , a fait une fois un cordel à deux avec lui, il a commencé à écrire en 1986. Le moment où il se sent mieux pour écrire, c'est la nuit vers 3-4 heures du matin , il me cite quelques thémes abordés dans ses cordels comme la réalité de la favela, la déflorestation...Il évoque le poème de Ivanildo Vilanova "Nordeste independente" il va alors me parler de sa vie à "Petrolina où tout était plus facile , ici la vie est faite de souffrances et de sueurs" et de là on glisse vers le monde syndical, le syndicat a 10000 affiliés dont seulement 4000 paient leurs cotisations et ça , c'est un probléme pour eux qui tiennent à leur indépendance financiére et aussi politique. Une grande affiche sur le mur de la salle d'entrée rappelle l'importance de s'acquitter de sa cotisation. Dans les problèmes que le syndicat a à affronter, un préjugé comme quoi le syndicat, c'est une affaire de vieux, c'est pour quand vient le moment de toucher la retraite.

Il y est entré en 1991 par le biais d'une assoc de jeunes , d'abord comme suppléant du conseiller fiscal et il est maintenant le président avec un mandat jusqu'en 2011, il est aussi président du CECOR (une ONG que je vais contacter à Serra) et en regardant en arrière, il trouve qu'il a eu pas mal de progrès dans le sertão du Pajeu sur la question de la terre comme mise en place de crédit à travers un programme gouvernental que le syndicat a réussi à implanter. Un des objectifs du syndicat c'est de maintenir l'homme sur cette terre, faire courir le bruit que le sertão peut faire vivre, "il faut arriver à donner du sertão une autre image que celle que les medias et la télé véhiculent, ce n'est pas gagné, ce n'est pas tout rose mais c'est possible et c'est mieux que d'être un retirante* qui part émigrer á São Paulo et se retrouve à vivre dans une favela. " on retrouve cette préoccupation dans la poésie de Josué....

Muitas ONGs estão mostrando Bien des ONG nous montrent
Que temos potencial Que nous avons un potentiel
Só falta a população Il faut juste que la population
Perceber o grande mal Prenne conscience de ce grand mal
Nosso semi-árido é rico Notre semi-aride est riche
É por isso que fico C'est pour ça que je reste
Na minha terra natal Sur ma terre natale

Le chauffeur du minibus qui me raméne à Serra est totalement d'accord , il en a fait l'expérience, a gagné la ville , São Paulo pour vivre mieux, s'est rendu compte que ce n'était pas ça et affirme haut et fort que même si on lui donnait une maison là-bas aujourd'hui, il n'y retournerait pas .

En fait le nombre de Nordestins partant pour São Paulo a diminué . Et peu à peu l'image du Nordeste est en train de changer, peut-être aussi parce que Lula en vient. Une radio importante Rede de Vida a fait une émission de 2 heures sur le monde rural. Un dernier mot sur les luttes qu'ils durent mener , comme l'occupation du bord de la Serrinha: ils avaient décidé qu'ils ne voulaient pas mettre de clôture à leurs champs, ils reçurent des menaces de mort des latifundistes et les dirigeants durent même se cacher. Aujourd'hui les conflits ne sont plus si violents mais existent, Josué a participé à une émission de radio au cours de laquelle il a critiqué ouvertement le déboisement à tort et à travers, sans contrôle or un ouvrier agricole d'une femme du Minas Gerais qui avait acheté des terres dans le coin et déboisait à tout va entendit cela et le rapporta à sa patronne qui dit: "Ce syndicaliste sait comment est mort Chico Mendes?"´.
Dans le tour qu'on va faire du bourg, Josué me dit que c'est curieux, il ya toujours des Pères étrangers ici, un français, Jean de la Croix qui est mort maintenant et avec lequel il s'entendait bien et maintenant c'est un italien. Il appelle une moto-taxi pour que je puisse arriver au lieu où passent les minibus pour mon retour et pour lui c'est l'heure de s'arrêter aussi .
*retirante: nom que l'on a donné à tous les habitants du sertão qui ont fui la sécheresse et ont émigré vers les villes, et surtout à São Paulo. Dans l'artisanat local , cette réalité sociale est représentée par une file de petits personnages en terre peints portant leurs maigres biens sur la tête , souvent avec la main sur l'épaule ou le bras de celui qui précède (voir lien photo)

lundi 2 février 2009

LES CANGACEIROS: CORISCO ET DADÁ (1)


D'avoir passé la journée de samedi avec Cleonice et Domá qui ont monté le musée du cangaço de Serra Talhada, j'ai pu en savoir un peu plus sur les cangaceiros, parmi les plus connus il y a eu Corisco (1907-1940) , qu'on avait surnommé le diable blond, le dernier à mourir alors qu'il comptait aller se rendre. C'est sa vie et son histoire qui ont inspiré Glauber Rocha pour son film "Deus e o diabo na terra do sol" en français "le Dieu noir et le diable blond"
Corisco avait reçu ce surnom pour sa beauté physique, sa stature et ses longs cheveux blonds. En 1924 il déserte de l'armée et rejoint Lampião mais des divergences font qu'il se sépare et forme sa propre bande. En 26, il enlève Sérgia Ribeira da Silva dite Dadá qui a juste 13 ans même si elle mesure 1m7o pour en faire sa femme et la viole. Dadá va d'abord éprouver une grande haine à son égard pour l'avoir raptée et violée mais Corisco découvre qu'elle n'est encore qu'une gamine et se montre tendre avec elle , il joue avec elle, lui fait des objets pour s'amuser . Puis comme elle est analphabète, il tient à lui apprendre à lire et à écrire, la premiére réaction de Dadá c'est de refuser , Corisco lui aurait alors dit " Celui qui ne sait pas lire ni écrire signe son arrêt de mort", et Dadá accepte alors tout comme elle apprend aussi à compter et elle va s'entraîner au fusil. Elle sera la seule femme du cangaço à être en première ligne des combats. Peu à peu Dadá va éprouver de la sympathie pour Corisco puis un grand amour au point que , des années plus tard, en 1940 quand la brigade volante va les attaquer, on raconte que Dadá aurait cherché à protéger Corisco qui avait la main droite paralysée à la suite d'un combat. Le Diable blond est atteint aux intestins, il survit 10 heures, elle reçoit une balle dans la jambe et elle devra être amputée de la jambe droite presque entière car elle est gangrenée. Ce fait permettra à Cosme de Farias d'obtenir sa libération en 1942. Ils seront des rares cangaceiros qui se marieront officiellement. De leurs 7 enfants cachés chez des parents à eux, 3 seulement survivront.

Pour Cleonice, Dadá fut la femme la plus battante et la plus engagée du cangaço, avec un tempérament trés fort mais aussi très humaine, son mari était réputé pour sa cruauté et plus d'une fois elle intercéda pour qu'il laisse la vie sauve aux femmes , aux enfants.

Elle part vivre à Bahia, se remarie avec un artisan-peintre mais explique à son mari que Corisco restera le seul grand amour de sa vie. Elle lutte pendant des années pour que cesse la sordide exhibition des têtes des cangaceiros au Museu Nina Rodrigues et qu'ils aient droit à une sépulture. Elle donne aussi de nombreuses entrevues pour faire connaître le monde du cangaço et reçoit un hommage de la ville de Salvador de Bahia dans les années 80. Elle meurt en 1994, laissant sa trace dans l'histoire du Brésil.

Je mets une photo faite par Benjamin Abrahão, le seul photographe à avoir suivi Lampião et les cangaceiros et fait un documentaire sur eux et un lien sur un petit article de RFI

jeudi 29 janvier 2009

SERTÃO ET CANGAÇO

C'est dans le sertão qu'est apparu le cangaço dans la deuxiéme moitié du 19° siécle , lié à des questions sociales là où existait un systéme féodal d'exploitation des paysans et des terres et où toute tentative de soulèvement contre le pouvoir établi et les injustices était réprimée ou liquidée avec l'assassinat du rebelle par les jagunços (tueurs à gage des gros proprios). Ça va durer un siècle mais quand Getulio Vargas , le président populiste décide d'en finir avec tous les fauteurs de trouble sur le territoire national et considére que les cangaceiros sont des extrémistes, la chasse s'intensifie, on tend une embuscade à Lampião à Angicos dans l'état de Sergipe et il meurt ainsi que Maria Bonita, sa compagne et 9 autres de la bande le 28 juillet 1938, on va les décapiter, laisser leurs corps sur place pour les urubus (charognards) et exhiber leurs têtes sur les places publiques (ce n'est qu'en 1969 que les têtes de Lampião et Maria Bonita auront droit à une sépulture) leur mort va inciter beaucoup de cangaceiros à renoncer à la lutte armée surtout avec la loi d'amnistie promulguée par G. Vargas en 1940 pour tout cangaceiro qui se rend. Corisco, le diable blond, décide de se rendre avec sa compagne Dadá mais il est tué par balle juste avant de le faire. Il sera enterré mais sa sépulture sera violée et son corps décapité et mutilé, sa tête exposée avec celles de Lampião et Maria Bonita au musée Nina Rodrigues de Salvador de Bahia pendant 30 ans.
Ce qui est curieux c'est que le musée du cangaço de Triunfo a été créé par une bonne soeur qui n'avait pas de sympathie particulière pour Lampião mais comme il recruta deux hommes de la ville dans sa bande, elle a tenu à honorer leur mémoire. L'un d'eux, Luis Pedro devint son homme de confiance et mourut dans la même embuscade. Lampião s'installa dans la région , entre Princesa Isabel et Triunfo en 1923-1924 et vint plusieurs fois après à Triunfo où il avait l'appui de 2 coroneis et quelques hommes politiques jusqu'en 1926.
Dans la première salle du musée, ce qui saute aux yeux tout de suite c'est les armes (fusils et poignards dont ceux de Lampião et de Corisco) et les photos sur tout un pan de mur de quelques moments de la vie des cangaceiros. On trouve aussi des gourdes, des besaces, 2 harnais et des chapeaux. La deuxième salle est plus orientée vers les représentations artistiques : xylogravures et tableaux sur Lampião et on y voit aussi l'acte de naissance et celui du baptême de Virgulino Ferreira dit Lampião. dans les autres salles , c'est plus du matériel de l'époque, tourne-disque, machines à écrire, vieilles radios et puis vient une salle avec des statues de saints et la dernière piéce est en fait une salle de classe pour enfants défavorisés.
La femme du musée m'explique qu'à la mairie travaille une femme qui a écrit un livre et fait des recherches sur le cangaço et qu'on peut aussi visiter la Casa Grande das Almas où se réfugiait Lampião. Terezinha, de la pousada, passe un coup de fil pour prévenir que j'y vais. La maison se trouve à la sortie de la ville, à cheval donc entre le Pernambouc et le Paraíba et appartient à un juge qui a tenu à respecter l'architecture et la structure, il l'a fait restaurer et l'a aménagée. C'est Paulo, le gardien de la maison qui me raconte tout ça, le juge travaille à 50 km de là et ne vient que le week-end. "Il arrive, il change de tenue, c'est un homme tout simple, on le voit là, on ne dirait pas qu'il est juge, j'ai presque l'air mieux habillé que lui" me dit Paulo en me montrant l'endroit de la maison où passe la frontiére, c'est dans la salle à manger mais il se montre sceptique sur cette histoire de refuge de Lampião même si comme tant d'autres ici il le considére comme un héros, courageux possédant le sens de l'honneur et de la justice.
Paulo en profite pour me montrer toute la propriété, de la cave au grenier en passant par la cuisine, dans une maisonnette à côté de la maison et puis les terres et le puits qu'on est en train de creuser, pas de probléme pour le temps qu'il me consacre il est disponible et il rend grâce au ciel de lui avoir donné ce travail, il bosse là depuis 20 ans, il avait commencé à travailler aux champs mais n'aspirait qu'à une chose , trouver un boulot moins tuant et moins ingrat que ça et il a été exaucé, dixit Paulo. Il me raconte aussi qu'il n'a pas d'enfant car il a passé sa jeunesse à courir les filles et aprés trop tard pour le mariage mais il a une bonne amie et ça lui va bien comme ça et comme la soeur du juge qui habite là aussi a pris en charge l'éducation du neveu de Paulo, il ne se sent pas tout seul. Sa dernière confidence c'est pour le football, son équipe favorite c'est l'argentine sans qu'il ait la sensation de trahir le sport brésilien.
J'ai fait une rando avec l'idée d'arriver au Grito, endroit qui servait de repaire aux cangaceiros, bien loin des habitations mais vu la chaleur et le dilemne à une croisée de chemins , je ne suis pas allée jusqu'au bout.
Le sertão impossible de l'oublier dans l'endroit où je suis pour faire ce blog, sur la terrasse de la pousada, à la tombée de la nuit, des centaines d'insectes qui volent bas, des moustiques qui me bouffent les jambes et de temps en temps une grenouille sauteuse, hier j'ai trouvé aussi devant la porte de ma chambre un gros crapaud noir avec des taches blanches sur le dos mais il n'a pas voulu rester pour la photo.

UN PETIT COUP DE CACHAÇA

Faut dire que Triunfo est réputé pour sa cachaça du même nom à la seule différence que ça s'écrit avec ph, venant du latin. La ville s'est appelée comme ça à la suite d'une querelle entre les habitants du lieu-dit Baixa Verde et une grosse famille toute puissante , les Campos Velhos pour une histoire de marché que les gens voulaient créer et que la famille essaya de foutre en l'air plusieurs fois. Voyant cela, les gens de Baixa Verde voulurent se libérer de ce joug et demandèrent à devenir autonomes à l'Assemblée provinciale et au diocèse (on voit les pouvoirs en place!), ce qui leur fut accordé, le lieu fut élevé à la catégorie de bourg et reçut le nom de Triumpho pour fêter leur victoire.
Faut dire ausi que le proprio de la pousada où je suis a des terres, juste derrière le parc de l'auberge, et sur ces terres un engenho où l'on fabrique la cachaça, occasion d'une balade, une jeune femme nous emmène visiter les lieux, d'abord la presse dans la cour où est essorée la canne à sucre après trempage puis les différentes salles pour chaque étape, fermentation, maturation, distillation en alambic et pour finir deux ans de vieillissement en fûts. Une partie de la salle de l'alambic est réservée à la rapadura (confiserie hypersucrée) et à la mélasse obtenue de la canne.
Selon le prospectus placardé au mur de la salle de vente, la cachaça est considérée comme écologiquement correcte, on utilise le coração du produit distillé ce qui préserve son caractére singulier , et son arôme et son goût sont accentués par la culture en altitude avec une grande amplitude thermique allant de 10° en hiver à 26° en été, ce qui donne une maturation excellente pour le produit . Ils ont fait la feria alimentaria de Barcelona il y a deux ans. On peut évidemment la goûter à la plantation comme à l'auberge où le petit tonnelet avec petits godets en plastique trône sur le comptoir qui sépare la cuisine de la salle à manger. Elle est coriace, très parfumée, je pense que je vais en rapporter une bouteille.
On discute un peu avec la fille, elle travaille là depuis 9 ans, en général plutôt dans le secteur fabrication de la confiserie mais il peut y avoir des roulements, les patrons emploient en fixe 9 personnes à l'intérieur et 3 dans les plantations mais au moment de la récolte, il y en de 25 à 30 en plus (coupeurs, chauffeurs, ...) Ici tout se recycle et le reste de canne séche sert de combustible pour les différents appareils. Elle habite une ferme à 2 km du centre ville, se lève tous les matins à 5h30 et vient à pied jusqu'ici . De sa ferme , elle tire juste les légumes pour la conso familiale car ils ont peu de terres cultivables, son père autrefois louait des terres pour produire en grande quantité et faire vivre la famille. Elle s'estime heureuse d'avoir ce boulot car il y a des problémes d'emploi dans la région mais ce qui est sûr c'est que la notion de solidarité et d'entraide est ici une réalité et ils arrivent à s'en sortir comme ça.
La cachaça reçoit aussi parfois le nom de pinga . Doù ça vient? Voilà l'histoire en portugais d'abord.
A cachaça surgiu como tudo por acaso. O caldo de cana levado ao forno pelos escravos era mexido para criar o melado. Um día esqueceram de mexer a panela e o produto azedou. O azedo era alcool que evaporava, ia ao teto e pingava, ja era a cachaça formada que "pingava" daí o nome de pinga. Ao pingar do teto nas costas marcadas pelos açoites, "ardia" muito daí o nome de "agua ardente". Ao pingar ao rosto dos escravos, a bebiam e ficavam alegres então passaram á bebê-la sempre que queriam alegra-se. Qualquer que seja o nome, ela caiu no gosto de toda população.
(fonte: museu do homem do Nordeste)
On a découvert la cachaça , un peu comme tout par hasard. Le jus de canne était appporté jusqu'au four par les esclaves pour faire la mélasse. Un jour ils oubliérent de remuer et le produit fermenta, en s'évaporant vers le toit, le jus fermenté gouttait. C'était déjà de la cachaça qui gouttait d'où son nom de "goutte ". Sur le dos des esclaves marqués au fouet, elle brûlait d'où le nom d'"eau de feu" mais si elle gouttait sur leurs visages il la buvaient , ça les rendait gais et ils prirent l'habitude d'en boire chaque fois qu'ils voulaient se sentir bien. Quelque soit le nom qu'on lui donne, la boisson a conquis toute la population. (source: Museu do Homem do Nordeste)

mercredi 28 janvier 2009

TRIUNFO ET ALENTOURS




Faut croire que je suis bien inspirée pour ce voyage car j'avais choisi de commencer par Triunfo plutôt que par Serra Talhada mais j'avais mes doutes sur la question car le billet de bus qu'on m'a apporté à domicile vendredi mentionnait comme destination Serra et pas moyen de savoir à la rodoviaria comment arriver jusqu'à Triunfo, , on me dit juste que c'est la même chose mais il y a 45km entre les deux villes. Dans les faits ça donne qu'on arrive à Serra aux premières lueurs de l'aube, il est 5 heures moins dix et presque tout le monde descend du bus qui va aller jusqu'à Triunfo à 5h30, on y arrive je discute avec un couple qui déménage, elle Odete revient à sa terre natale aprés avoir vécu à São Paulo et à Recife, ils me proposent de prendre un taxi avec eux mais une fois de plus je constate que le Brésilien ne marche pas et dit que c'est loin quand c'est plus de 300m parce que pour la pousada Baixa Verde, on contourne un petit bout du lac, on prend une rue du centre et à la premiére à gauche on y est. Super , ma chambre donne sur un parc avec des pitangas devant moi, une piscine au bout du parc mais peu d'infos , j'ai vu le cinéma théâtre au bord du lac qu'on trouve sur toutes les brochures touristiques le SESC qui souvent offre programmation culturelle est sur les hauteurs et je monte, je monte, bien au-delà de l'église du Rosário et du chemin de croix qui aboutit à un christ rédempteur là encore j'ai été bien inspirée d'avoir choisi sans le savoir une pousada au centre ville, je découvre le lendemain qu'il y a un téléphérique réservé aux clients du SESC mais bien inspirée de m'être tapée la grimpette sous le soleil car j'apprends que le cordel ici est inexistant, la seule chose qu'on m'offre c'est de consulter le fonds de la bibliothèque , donc pas grand chose à glaner mais par contre j'arrive au bon moment , un petit groupe est en train de se former pour aller voir le Pico do Papagaio (l'endroit le plus haut de Pernambouc-1260m, c'est comme la Belgique!) et autres lieux alentour. C'est seu Antônio dit le Barraudo qui nous emmène dans sa Chevrolet ABS diesel tous terrains car on quitte très vite la route et pour le reste de l'après-midi, on se tape un chemin étroit, pierreux dans ses meilleurs moments, cahoté tout le temps. Je ne suis pas encore dans le sertão épineux et rocheux, ici c'est assez vert mais sur les terres qui ont vu Lampião et à tout moment, quelqu'un fait allusion, le souvenir du cangaço est très fort ici, encore plus quand il s'inscrit dans l'histoire du lieu comme c'est le cas pour la cacimba de João Neco. L'homme qui nous accueille est le fils de celui qui creusa un tunnel à la main en 1932 pour pouvoir avoir accès à l'eau souterraine. Au passage, petit droit de visite d'1 R par personne, il a l'air ravi de recevoir des gens, blague avec chacun et nous emmène voir le puits , une grille sur un trou et tout au fond l'eau ,tout en parlant des fruits qu'il a , entre autres, celui à l'écorce grise toute dure qui sert à faire du savon . On descend jusqu'au tunnel, le mur saignait comme disait son père (suintait) ce qui l'a incité à creuser plus profond et arriver jusqu'à l'eau, il raconte qu'un jour le passage a été rempli d'eau tellement il a plu. Mais est-ce grâce à Lampião que le père chercha à créer lui aussi son tunnel, mystère! toujours est-il qu'en remontant, il nous montre les entrées des passages et galeries souterraines qu'utilisait Lampião pour se cacher et où il fallait ramper. Il y en a plusieurs. Il ssont 6 fréres et soeurs Neco, le père est mort en donnant à chacun un bout de terre mais l'eau ,elle est pour tout le monde. La femme qui nous apporte le livre des visiteurs à signer a quitté Recife il y a 7 ans pour Triunfo, un paradis, dit-elle, et elle enchaîne sur la violence à Recife où elle a failli se faire violer sur son lieu de travail quand elle avait 14 ans, dans sa voix perce l'amertume malgré tout le temps écoulé depuis lors . Petite parenthése: la campagne contre les violences aux femmes s'intensifie en ce moment, il y a eu distribution de feuillets sur les plages avec discussion avec les gens ce week-end pour faire connaître la loi Maria da Penha.
De la caimba on part pour la furna dos Holandeses , une grotte assez basse, vaste aussi et si on veut s'y aventurer plus profond il faut une lampe de poche, là aussi petit droit d'entrée de 1 R que touche la famille. Ce qu'on nous a réservé pour la fin c'est le pic do Papagaio qu'on atteint cahin-cahin après une plantation de café dont la récolte est vendue à l'extérieur de l'état et pas torréfiée sur place. C'est dans cette zone où l'on n'arrête pas d'entrer et de sortir du Pernambouc et du Paraíba que Barraudo nous parle de la maison à cheval sur les 2 états, a Casa Grande das Almas où Lampião avait des potes , il s'y réfugiait et comme en ce temps-là, la police d'un éta n'avait pas le droit d'intervenir dans un autre, c'était tout simple: en fonction de la police qui le pourchassait, Lampião se mettait hors d'atteinte en passant d'un côté ou de l'autre de la maison.
Au pic , on trouve encore un Christ Rédempteur, un de plus, celui-ci miniature, installé sur une roche qui ne repose que par 3 points sur le sol, de l'autre côté, le careta, la statue du personnage de Carnaval ici est deux fois plus imposante, elle s'agrémente d'un fouet , coutume aussi du coin qu'on retrouve pour le carnaval. Au loin on aperçoit la ville de Princesa Isabel dans l'état du Paraiba, le soleil se couche alors qu'on est en train de discuter de paysages du Brésil avec la femme mariée à un allemand et qui a vécu en France.
Au retour je goûte le repas du soir traditionnel, plus que complet et encore je n'ai demandé qu'une demie-ration, soupe, tapioca, jambon , oeufs brouillés, fromage et une grosse part de gâteau avec du café ...au lait si on veut qui vient en direct de la ferme.

lundi 26 janvier 2009

INVITATION FEIJOADA

la feijoada
le roi de la fête

Invitation à une feijoada chez José Honório, c'est de l'autre côté de la ville dans le quartier Casa Amarela où est née Carmen , me dit-elle en m'expliquant comment y aller. Mais c'est dimanche, il faut passer par le centre et changer de bus et comme dans toutes les villes, les transports ça marche au ralenti les jours fériés, de porte à porte + temps d'attente, ça veut dire presque une heure et demie mais c'est à la bonne franquette, une bonne partie des invités est là et a déjà attaqué la feijoada: c'est un buffet dans la salle de fêtes , on se sert quand on veut et je ne suis pas la dernière arrivée. La feijoada est trés bonne, avec farofa et tranche d'orange comme il se doit et avec la bière, elle passe toute seule malgré la chaleur. Comme dans beaucoup d'immeubles ici, il y a une grande salle avec coin cuisine mise à dispo des gens de l'immeuble. pour monter leurs fêtes.


J'ai réalisé soudain en feuilletant un cordel dans le bus que c'était l'anniversaire de José il y a 2 jours et bien sûr chez un cordeliste qu'est-ce qu'on trouve? D'autres cordelistes, je commence á en connaître pas mal de la bande et ce qui devient marrant c'est de mettre sodain une tête sur le nom d'un auteur que j'ai acheté au pif. Aujourd'hui c'est le cas pour Meca Moreno dont j'ai acheté un cordel mettant en scéne le marché de Caruaru. Lui, il est trés intéressé par le monde arabe, sa musique et sa poésie dont on retrouve des traces dans le folklore du Nordeste et il me cite un livre de Luis Soler sur le sujet "Origens árabes no folclore do sertão brasileiro". Pour lui, et il compte approfondir les recherches sur le sujet, l'installation d'arabes (libanais ou syriens) dans le sertão remonterait à l'époque où l'Inquisition arrive au Brésil et oblige juifs et arabes à fuir et se réfugier dans les terres.
La cachaça fait partie de la feijoada et à un moment donné, aprés s'être enfilé un petit godet, un des cordelistes ici présents récite un poéme à la gloire de cet alcool aprés avoir improvisé une strophe pour le fêté du jour et à tour de rôle, chacun vient réciter une pièce de son choix. Un petit jeune que je ne connaissais pas encore, Felipe Junior, branché aussi sur les mouvements sociaux, vient me parler des cordelistes du sertão de São José de Egipto et un autre m'annonce qu'il fait deux fois plus chaud à Serra Talhada qu'à Recife, ça promet!

Un gros gâteau au chocolat pour terminer et tout le monde reçoit en présent un livre de poésie de José, sympa, non! On repart avec Alice vers les répéts de maracatu (tambours et percussions) du centre ville, c'était un dimanche à la brésilienne.


FRUITS DU BRÉSIL


Sur les marchés ou les petits étalages, les fruits c'est une vraie palette de couleurs, avec des formes différentes ou des aspects parfois curieux, d'une grosseur variable, de l'acerola qui a la taille d'une cerise (on l'appelle cerise des Antilles ou cerises de barbares) à la jaca qui peut valoir un potiron. Je pensais présenter ceux qu'on ne voit pas en Europe et puis j'ai rencontré Erica Montenegro la cordeliste qui a fait un cordel sur ces fruits, alors je vais me servir de quelques strophes de Alimentação saudável, conhecendo o valor das frutas. Ici, c'est donc le paradis des jus de fruits. On sent parfois la différence entre grande ville et plus petite pour les prix et la quantité . A Petrolina, pour deux Reais, on vous prépare une cruche entière de jus de fruits qu'on vous laisse sur la table alors qu'à Recife, pour le même prix on a tout juste un verre.

Erica, essa é tradução de algumas sextilhas do seu cordel. Tentei respeitar as rimas mas não deu certo na primeira estrofa do maracujá, tradutore traditore como dizem os italianos.



Pour parler de vitamines
Je ne peux pas oublier
La papaye, fruit tout sucré
Et sa valeur vitaminée
C’est la betacaroténe
Qui lui donne sa couleur orangée

Et la maracujá
Comme elle rien de tel
Elle est toute sucrée, quel délice
C’est un calmant sensationnel
Puissant relaxant
Pour qui vit en souffrant

Je parle de la maracujá
Fruit qui a du fer, est relaxant
Riche en phosphore et en calcium
Et c’est aussi um bon calmant
Il a aussi des vitamines
Le potassium comme fortifiant

La goyave quelle surprise!
Combat bien des maladies
Diarrhées, rhumes, refroidissements
Il y a aussi d’autres avis
Avec sa pulpe on fait des gâteaux
Et le fer est présent lui aussi.

L’acerola, chose incroyable
C’est un grand médicament
Efficace contre les rhumes
Elle soigne même le sujet pensant
Elle aide à cicatriser,
Bonne à tout moment

L’umbu sucré ou acide
Dans la recette de l’”umbusée
Qui rend l’umbu tout crémeux
Cette boisson appréciée
Apporte vitamines et carbone,
À boire bien refrigérée.


Le cajou est bon pour les os
Pour l'appétit est stimulant
A du calcium, des hydrates de carbone
C'est un bon fortifiant,
Énergétique naturel
Également revitalisant


L'avocat vient au secours
Des os et de la vision
Il stimule l'appétit
Vitamines à foison
Il est très riche en graisses
Pour le cheveu, c'est l'hydratation


La jacá à son tour
Si grosse et si savoureuse
Outre son pouvoir énergétique
Rend les choses bien goûteuses
Sa pâte de fruit, c'est un bonheur
Dure ou molle peu importe.


Pour soigner la diarrhée
La carambole est sollicitée
Avec du potassium et du fer
Des vitamines intégrées
A,B,C dans votre corps
Chez elle, sont toute trouvées


Un autre fruit intéressant
Et de grande utilité
C'est le coco qui en soi
Est énergie, c'est la vérité
L'hydratation grâce à son eau
C'est sa grande propriété.


Pour qui ne boit pas de jus
C'est la boisson indispensable
Il existe une boisson gazéfiée
D'un fruit formidable
Guaraná, c'et son nom
Une petite baie bien appréciable.


Bien accrochée à la branche
Toute noire et délicieuse
Nait la jabuticaba
Fruit sucré, bien savoureuse
Elle stimule l'appétit
En plus d'être bien goûteuse.


La mangue est bien populaire
Au Brésil, trés consommée
Elle se montre au naturel
Ou bien en jus, bien mixée
Elle aide l'intestin
A trier ce qu'on a mangé.


La pitanga bien mûre
Tient à nous offrir
En plus de nombreuses vitamines
Qui nous font bien plaisir
Des glaces, des jus, des confitures
Pour nous faire forcir.

Une alimentation saine
C'est une chose fondamentale
Pour être en bonne santé
Se sentir bien, ne pas vivre mal
Et éviter au quotidien
La visite à l'hôpital.
FIN





dimanche 25 janvier 2009

RECITAL DE CORDEL À PAULISTA



Le récital de cordel était prévu pour hier matin dans une ville de la banlieue de Recife, Paulista, celle où travaille Carmen, qui se trouve après Olinda. On y va pour 10 heures, c'est à l'entrée du marché qui bat déjà son plein, 3 musiciens, Nelsinho-a voz do forró sont là pour les intermédes entre chaque cordeliste. Plein de têtes connues ici, c'est José Honório qui présente les récitants, peu de public car les gens s'arrêtent juste le temps d'un cordel et repartent mais il est trés réceptif.
Aurea découvre qu'une femme qui chante dans sa chorale, Isabel, écrit des cordels elle aussi.
Sur les grilles de l'enceinte du marché, ils ont accroché les cordels mais c'est maintenant la version moderne , fini les fils et pinces à linge, les cordels sont rangés sur une grande toile plastique divisée en petites pochettes.

L'un des plus expressifs et le plus jeune de la bande d'aujourd´hui, Michael John, vient du sertão et me donne après des noms de personnes que je peux contacter une fois sur place.
Ils se succèdent , chacun avec son style sous l'abri de toile blanche qu'ils ont installé là, les uns provoquant les rires, les autres l'attention pour le texte déclamé et tous déclenchant les applaudissements. Sur le coup de midi, le récital prend fin, place au forró.

mercredi 21 janvier 2009

ON REPARLE DE LAMPIÃO


Aujourd'hui au programme aller voir le marché de Madalena, le quartier où Carmen a habité quelques années et en profiter pour faire dans le même quartier le musée de l'Abolition de l'esclavage mais comme on me dit qu'il est fermé, je trouve plus prudent d'appeler avant, réponse oui, il est ouvert. C'est parti...mais à l'arrivée un peu de mal à trouver le musée en question, ce n'est pas qu'il ne soit pas visible, la bâtisse est une grande maison à azulejos, située juste au carrefour mais pas une plaque, rien pour indiquer qu'on y est. Dans le vestibule de grands panneaux avec définitions des mots liberté, esclavage, abolition et puis en fait le gardien m'explique qu'il y a juste deux salles à voir, de part et d'autre, dans l'une , un espace pour recueillir des suggestions sur la conception du musée et ce qu'on aimerait y trouver, dans l'autre , plusieurs objets faisant partie du culte à Oxalá, une des divinités du candomblé, le dieu du soleil et collés sur le mur du fond des coupures d'articles de journaux sur le racisme au Brésil , sur l'abolition et sa non-application dans les faits. La visite est terminée! Le musée est en cours de restructuration.

Je vais passer beaucoup plus de temps au marché car je commence à tailler une bavette avec la femme, Neuridice, qui vend des produits régionaux et de la littérature de cordel, ça tombe à pic, elle est de Serra Talhada, terre natale de Lampião où je pars la semaine prochaine. Et évidemment on met Lampião sur le tapis. Sa tante de 90 ans l'a vu 4 fois dans sa vie, toujours cachée parce qu'on le craignait un peu quand même et son père, quand elle était gosse, le soir leur racontait les faits et gestes de Lampião, se montrant plutôt favorable au cangaceiro alors que la famille avait du quitter l'endroit où elle était parce que Lampião voulait la terre mais cela s'était fait sans violence, Lampião avait prévenu qu'il viendrait et toute la famille avait plié bagage. Neuridice, elle aussi, donne raison à Lampião d'avoir fait justice seul comme il l'a fait vu qu'au départ, quand il avait voulu déposer une plainte pour l'assassinat de son père, personne ne lui avait fait cas et ne voulait l'enregistrer, la police locale étant du côté de l'oligarchie terrienne.

samedi 17 janvier 2009

JUAZEIRO & PETROLINA

JUAZEIRO PETROLINA

Je viens de passer 4 jours à Petrolina et évidemment Juazeiro étant en face, j'ai pris la balsa pour y faire un tour aussi. Les 2 villes se ressemblent, elles ont connu un boom avec le commencement de l'agriculture irriguée par le fleuve et les plantations d'arbres fruitiers et de vignobles, elles ont poussé vite et elles ont ceci en commun qu'elles ne mettent pas encore en valeur leurs atouts touristiques et artisanaux.
A Petrolina, j'ai eu droit à un plan de la ville à l'aéroport mais voulant en savoir plus, j'ai du aller jusqu'au Centre des Conventions car tous les points d'information touristique de la ville ont été fermés et du côté de Juazeiro même chose, c'est la réceptionniste d'un hôtel qui m'indique les choses à voir, elle me recommande d'aller voir la cathédrale et le bateau à vapeur qui a fait naufrage et puis aller aux îles et je tombe par miracle sur une boutique d'artisanat alors que du côté Petrolina, les petites boutiques d'artisanat du centre ville sont fermées et il me faut prendre une moto-taxi pour aller à perpète voir la Oficina do artesão, totalement excentrée mais intéressante , ce sont surtout des sculpteurs sur bois (les fameuses carrancas et autres ) qui se sont regroupés , l'idée venue de 3 d'entre eux qui travaillaient chacun dans leur coin et ils ont obtenu ce local , un vaste hangar où ils sont depuis 20 ans, il est ouvert tous les jours, pas de jours fériés, si l'un veut prendre son dimanche, à lui de voir si ça va avec les autres. Ils bossent assis au milieu des copeaux, contents de se retrouver à plusieurs et trouvent que le travail prend une autre dimension sur tous les plans, ils sont donc arrivés à faire des expos, à faire connaître leur artisanat dans tout le Brésil en commençant par le Nordeste et Brasilia. Le lieu est vaste , partagé en plusieurs espaces, celui pour la vente, et derrière, une autre salle où on peut voir ce que font les femmes, patchwork, recup de différents matériels, sacs ...
Autre lieu d'intérêt à Petrolina, le Musée du Sertão, dans le vestibule un grand tableau avec le fleuve et les carrancas, ensuite on trouve exposés les minéraux du coin puis on passe à l'univers du cangaço, la tenue, le chapeau, les armes et dans une vitrine , il y a l'acte de naissance de Lampião et plusieurs écrits de lui, des photos, on parle aussi de Silvino , autre cangaceiro qui aurait inspiré Lampião, un des premiers du genre qui faisait justice là où elle n'existait pas pour les opprimés. Ensuite il y a reconstitution des différentes parties de la maison avec les ustensiles propres à la cuisine nordestine, le coin chambre avec la vierge dans un petit autel à l'angle de la piéce, les coffres à vêtements . Dans la derniére salle séparée du reste par un jardin sertanais de cactus, il y a beaucoup de vues comparatives de certains coins de la ville à l'époque et récentes puis c'est le quart d'heure bondieuserie avec des soutanes et vêtements des autorités religieuses et je passe, on finit par la photo de tous les maires de la ville depuis qu'elle existe en tant que telle, fin 19° siécle.

De Juazeiro peu à dire , des statues d'indiens un peu partout dans la ville, la cathédrale est fermée. Au bout de la promenade de bord de mer, une statue dans l'eau, Nego d'água d'une taille assez imposante. Pour la voir de près, suivez le lien.

Dans aucune des 2 villes , je n'arrive à rencontrer quelqu'un qui me parle de cordel, mauvaise période, c'est les vacances, le seul contact que Vera m'avait donné est en congé, le type qui travaille dans le même bureau me promet de contacter une autre personne un prof de fac qui n'est pas là non plus. Dans les kiosque à journaux, les cordels sont planqués sous d'autres revues et plutôt rares. La seule chose que j'apprenne c'est qu'il y a un projet en cours d'application sur le cordel en classe.