dimanche 11 janvier 2009

UNICORDEL


On a rendez-vous au marché de Boa Vista à 10h du mat, c'est José Honório, le président de l'assoc Unicordel qui m'accueille, le temps qu'on nous installe des chaises et une table car le bar de Leleu démarre sa journée, puis petit à petit, d'autres cordelistes vont nous rejoindre. Je plonge dans l'historique du groupe, l'idée est venue de lui ici-même un matin comme aujourd'hui, il en a parlé aux cordelistes qui étaient là et c'était parti , il y a de ça 3 ans, leur but c'était de défendre et promouvoir la poésie populaire et son oralité , de proposer des interventions et récitals sur les marchés, dans les écoles, etc. L'association regroupe cordelistes, poètes, récitants , éditeurs et chercheurs d'un peu partout dans l'état de Pernambouc. Ce n'est que depuis septembre de l'année derniére qu'ils se sont déclarés légalement comme association, ce qui leur permet de pouvoir prétendre à un soutien de la part de la mairie de Recife. José me cite, entre autres réalisations, le début d'une collection "Arrecifes do cordel" lancée en octobre 2008 avec le tome 1 sur les movimentos sociais , le livre, que j'avais vu en librairie la semaine dernière, se compose de 10 cordels de 10 auteurs différents. Autre chose à leur actif, le CD Cordas e Cordéis do Recife que José m'offre ainsi que quelques-uns de ses folhetos.


Pour lui, l'aventure a commencé avec la tradition qui existait dans sa famille de lire des cordels de là il est passé à en écrire à l'âge de 17 ans mais sans chercher à les publier et puis de fil en aiguille, le cordel a pris sa place dans sa vie mais comme des tas d'autres, il n'en vit pas. Dans les derniers qu'il a écrits, il me parle de "O interior de hoje em dia" , réflexion sur la globalisation et la culture, du duel cybernétique avec Mauro Machado mais aussi d'une commande pour un mariage tiré à 150 exemplaires. On en vient donc à parler de tirages et si c'est l'auteur lui-même qui assume les frais d'édition, il en fait tirer 50 exemplaires, dans les autres cas, le minimum c'est 1000. Et évidemment à évoquer le coût de publication, on glisse sur le terrain de la xylogravure qu'il ne défend pas de maniére acharnée car tout d'abord, on n'est pas forcément doué pour le dessin, et si on commande une xylogravure cela revient cher, à l'heure actuelle certains poétes s'inspirent des xylogravures pour faire leurs dessins mais pour lui le dessin est beaucoup plus pratique et peut être digitalisé.

En ce moment le grand sujet qui occupe Unicordel c'est le carnaval , depuis 3 ans ils le célèbrent avec Cordel em Folia, ça va être d'ailleurs le principal point de la réunion à laquelle j'assiste un peu plus tard.

Mais pour l'instant, Erica Montenegro arrive avec comme cadeau pour moi, plusieurs de ses cordels, elle travaille comme prof de FP (formation professionnelle) et m'explique que la fonction didactique du cordel est actuellement remise en question. Pour la petite histoire c'est une amie qui lui a donné son premier cordel puis montré comment en écrire un , alors elle a fait parler son grand-père pour pouvoir en faire un sur lui à l'occasion de son anniversaire, le jour J est arrivé et elle a commencé à lire jusqu'au moment où elle a dit Et il fut bien triste le jour où son frère José mourut , mais il y a eu comme un blanc car José,bien vivant, était dans la salle , elle s'était trompé de frère. Elle a aussi écrit pour son beau-père, ce qui l'a ému aux larmes. En classe , elle peut faire dessiner ses éléves à partir d'un de ses cordels comme celui sur la pluie ou faire tout un travail avec eux comme ça a été le cas pour la discrimination raciale car le problème existait pour certains dans sa classe. Susana Morais se joint à nous, elle est enceinte de 3 mois et se plaint des nausées qu'elle a le plus souvent le matin , avec l'arrivée de Danielle Almeida et d'Altair Leal, ça s'anime encore plus, Susana c'est la cordeliste la plus ancienne du groupe, elle a participé à la création d'Unicordel, elle fait parfois des duels poétiques et virtuels. Elle nous raconte que quand elle a écrit "Conselho de amiga" en pensant à une amie, plus d'une autre a pensé que cela avait été fait spécialement à son intention. Daniella, elle, n'écrit pas depuis longtemps, elle a fait 3 cordels mais a lancé le début d'une série "Vou de mochila" (je pars, sac au dos) avec le voyage qu'elle a fait en Bolivie et elle compte la continuer avec ses futurs voyages. En blaguant, toutes les deux disent que si elles ont commencé à écrire c'est de la faute à... Altair pour Daniella et Honório pour Susana qui se sont mis à parler en vers et puis il l'a défiée pour un duel par mail et elle y a pris goût.

Le dimanche, à midi, dans 2 marchés de la ville, il y avait des récitals de poésie mais celui du marché de Madalena a été suspendu temporairement. Ce dimanche à midi, doit intervenir Allan Sales, membre du groupe mais j'y arrive un peu tard et il n'est plus là. Celui qui lui a succédé chante en espagnol , accompagné d'un guitariste puis intervient un autre , en solo.





vendredi 9 janvier 2009

TAMANDARÉ

C'est décidé, je vais aller faire un tour sur une des plages au sud de Recife, c'est parti pour Tamandaré, nom qui vient du tupi et signifie celui qui repeuple. Car la légende veut que le dieu du tonnerre voulait exterminer la race humaine avec un déluge, c'est alors que Tupã donna l'ordre à Tamandaré, à l'abri dans une arche avec sa famille, de repeupler la planète. Bon , ça ne vous rappelle rien cette histoire? Pour moi, le voyage commence dans la petite salle d'attente des bus Cruzeiro avec une bonne femme qui sort un livre et chante des psaumes, elle en est aux premières pages du bouquin, on en a pour un moment, il reste 45 mn avant le départ du bus , la télé marche à fond aussi. Le terminus est sur une grande avenue , sur l'esplanade centrale, il ya une jaille incroyable, des puces de ferrailleurs étalées à même le trottoir, et une sorte de bâtiment assez long perché sur des colonnes, bâtiment complétement délabré d'où vont sortir par un trou dans le mur, trou à rats je dirais, des gamins de rue qui dorment là. Ils descendent quelues marche spour aller récupérer leurs tongues, planquées sous les marches. En fait, d'avoir acheté le billet avant ne sert pas à grand chose, quand le bus ouvre ses portes c'est la ruée et il faut jouer des coudes et des mains pour ne pas se faire éjecter sur le côté mais je passe. Des jeunes braillards s'installent au fond et chantent à tue-tête l'équivalent brésilien de Vamos a la playa . 3 heures de route pour 70 km, pourquoi ça? il faut déjà une heure pour sortir de Recife , aprés ça va mieux, on passe par Sirinhaém et Rio Formoso, deux villages plus dans les terres avant de traverser une réserve naturelle (arbres et bambous) pour se retrouver les pieds dans l'eau. C'est un peu le hasard si j'atterris à Praia dos Carneiros, j'ai raté l'arrêt au centre du bourg mais ça m'arrange, la pousada où je compte dormir est située là aussi, ça veut dire que chaque fois qu'on veut aller à Tamandaré ou en revenir, c'est moto-taxi, avec un casque que je dois tenir pour qu'il ne foute pas le camp, la route pavée traverse juste le village aprés c'est un chemin de terre plein de bosses et de trous, on s'avale sa dose de poussière en prime en tressautant allégrement tout du long. Mais le nouveau maire a promis de faire asphalter la route bientôt. Village de pêcheurs , deux rues principales, l'une le long de la plage et l'autre presque paralléle mais vers l'intérieur, qui connaît maintenant une affluence de touristes . Mais les pêcheurs où sont-ils? Jai bien vu en allant vers le fort une coopérative de pêcheurs et puis ici et là on vend des petits filets pleins de crabes mais sur la plage, j'en verrai juste 2 rentrer, l'un sur un tout petit rafiot et les autres sur une jangada, ils vont à l'aide de 2 rondins la remonter petit à petit sur le sable la faisant basculer sur l'un pour ensuite aller le mettre un peu plus loin. Le poisson , ce n'est pas ça qui manque, le resto où j'échoue á l'heure espagnole sert des portions (et encore je n'ai pris que la demi-portion) gigantesques , ce qui fait que je demande à emporter ce que je n'ai pas pu manger, c'est tout à fait normal ici de demander uma kentinha et on repart avec sa barquette alu.
Le Fort est fermé à l'aller mais au retour le fonctionnaire en poste acepte d'ouvrir pour la visite même si ce ne sont pas ses horaires, tout est en ruine sauf la chapelle, la geôle est lugubre, une série de canons fait face à la mer et sur la droite, le phare qui fonctionne encore. On trouve plus loin, carrément sur le chemin qui borde la plage, la maison aux arcades dans un sale état et l'église São José de Botas toute noircie, dommage pour le patrimoine!
Le lendemain je remonte toute la plage de Carneiros à pied depuis Bora-Bora , resto connu ici qui donne sur la plage on y accède par un chemin privé dans les terres, et le lieu est entouré de barbelés, mais la plage est publique avec sa barrière rocheuse et ses piscines naturelles, une eau limpide et presque tiède, un vrai bonheur mais le soleil tape et la créme solaire ne suffit pas, je suis bonne pour un bon coup de soleil sur les épaules et les jambes.
Rien à me mettre sous la dent pour la literatura de cordel.
Mais en discutant avec Graça, la proprio de la pousada dont le fils, coïncidence vit à Barna, j'en sais un peu plus sur le lieu, il y a 40 ans, il n'y avait pas d'électricité à Praia dos Carneiros et quand ils ont acheté le terrain , elle a payé plus cher le topographe pour repérer où il était que le terrain lui-même, c´était des friches avec quelques maisons et des sentiers plus ou moins tracés, le paradis pour ses gosses. Tout venait de Recife pas même une boulangerie et puis une femme s'est mise à faire du pain une fournée journalière de 12 pains et ça a changé la vie ici.
Heureusement que j'ai prévu large pour reprendre le bus de retour car les horaires sont plutôt élastiques, à Recife il est annoncé comme partant à 14h40, ici selon la personne qui vous renseigne ça va de 13h à 14h, il part en fait à 13h25 on va repasser par cette réserve naturelle et comme à l'aller, on fait un détour et une halte dans les 2 villages.

mardi 6 janvier 2009

JOURNÉE CULTURELLE

Il pleut, une averse tropicale qui ne suffit pas à rafraîchir l'atmosphère, 20 minutes après le pantalon largement trempé par les éclaboussures des autobus est aussi sec qu'avant.

L'idée c'est d'aller fouiller, à l'autre bout de la ville, du côté de la bibliothèque Blanche Knopf qui se trouve à proximité de la maison-musée de Gilberto Freyre. Du coup je commence par cette visite, on accède à la maison sur la butte , rose à moitié tapie par les feuillages environnants par un chemin pierreux, le parc est grand . C'est là que le sociologue va passer la deuxième moitié de sa vie, il se marie sur le tard, à 41 ans avec une petite jeunette de 20 ans et ils achètent cette maison en ruine qu'ils font retaper. Sur le devant, un escalier qui part de la rue tout en bas aboutit au perron et on rentre de plain pied dans une pièce chargée de livres et de bibelots. Je ne vais pas vous faire la visite, en gros c'est une maison meublée très bourgeoisie début de 20º s., peuplée de livres partout, avec de magnifiques armoires en jacaranda dans les chambres , des objets rapportés de ses voyages surtout d'Afrique, des tableaux aussi un peu partout et des tapis faits par l'épouse, des tas de services à thés et on passe sur les médailles . Dans la chambre, le lit occupe le centre ´, le chevet est face à la fenêtre car superstition de la part de Freyre qui estimait que c'était tenter la mort de dormir avec les pieds en direction de la porte vu que c'est par là que l'on aurait sorti son cadavre.

Ah oui, il faut aussi parler des azulejos venant du Portugal dans la salle à manger et il en a également á l'extérieur, on finit par la visite au Mémorial dont la fresque murale rappelle le ouvrages les plus emblématiques de Gilberto Freyre.

suite de la journée pour un peu plus tard...
la voilà

J'ai un peu de mal à trouver la bibliothèque Blanche Knopf, c'est de l'autre côté de la route un peu en contrebas, un bâtiment qui ne paye pas de mine, le bibliothécaire est un homme charmant et sympa mais les livres qu'il m'apporte ne datent pas d'hier, à part un , édition toute récente dont j'ai vu des exemplaires à la librairie Cultura, les autres ont été édités au début des années 80 mais si ça m'intéresse, je peux les réserver pour une autre fois, c'est presque l'heure de la fermeture et ça ne me laisse pas le temps de retraverser la rue pour aller voir la salle où sont exposés des cordels rares, pour une autre fois...

Sur la place , un peu plus loin, il ya un buste du sociologue, au retour le bus prend un tout autre chemin mais je finis par me repérer. Ça se passe maintenant sur le parvis de l'église são Pedro, la queima da Lapinha, rien à voir avec le lapin , c'est le jour où l'on va défaire la crèche et la brûler, les bars ont installé leur terrasse, quelques femmes costumées et maquillées qui font partie des pastoris discutent entre elles, la nuit tombe, les musiciens occupent la scène, une femme et une gamine vont marquer les rythmes sur la place , des rondes se forment et on danse, c'est la partie ciranda, après cela les cortèges des pastoris font leur entrée, puis un mamelungo d'Olinda, marionnette géante et pour finir le bumba -meu-boi ferme le cortège, ce sont toutes les manifestations autour de Noël qu'on réunit pour boucler le cycle et passer à la prépa du Carnaval . Maintenant la place est remplie de gens , en tout et pour tout, je n'ai recensé que 2 endroits dans tout Recife où cela avait lieu.


lundi 5 janvier 2009

BRÈVES DE RECIFE

En ce début d'année, première chose en ce qui concerne la ville, il y a passation de pouvoir et continuité dans le changement , le maire sortant João Paulo du PT laisse la place à João da Costa du PT aussi . Les élections ont lieu en octobre mais le nouveau maire ne prend ses fonctions qu'à partir du 1r janvier. Il s'est fendu d'un discours alors que Lula, en vacances à Fernando de Noronha n'a pas adressé de voeux au pays, autres moeurs qu'en Europe!

Aujourd'hui à la télé, court métrage d'une journaliste Mariana Lacerda sur l'enfant -araignée, o Menino-Aranha, une légende urbaine de Recife dans les années 90. João Tiago da Silva commettait des petits vols dans des apparts des quartiers de Boa Viagem et de Piedade en escaladant des immeuble à des hauteurs vertigineuses pour un gamin de 7-8 ans . Symbole de l'exclusion sociale, il était né à l'hôpital psychiatrique de la Tamarineira où sa mère était internée la plupart du temps. Il s'enfuit plusieurs fois de centres de détention pour mineurs . Il grandit et continua d'escalader pour voler, créant une psychose collective autour de lui et il fut abattu à 18 ans en décembre 2005. Le court-métrage donne une autre vision de ce gamin considéré comme un danger public.


Tant qu'on y est, quelques mots sur l'hôpital de la Tamarineira. L'année dernière, quand on était là en juillet, on avait participé à une action de soutien et manifestation pour défendre l'hôpital et le parc attenant contre ceux qui voulaient en faire un centre commercial. Des voisins ont commencé par créer le mouvement Tamarineira:loucos por ela (Tamarineira: on est fou d'elle) et puis des gens de tout poil et de tout bord ont participé aux actions mais pour l'instant rien de nouveau sous le soleil, personne n'en parle ni dans un sens ni dans un autre.


Bonne nouvelle: le Secrétariat de Défense Sociale vient de lancer Operação sossego, Opération tranquillité, contre la pollution sonore en bord de mer, sur la plage de Tamandaré au sud de Recife, il y a déjà eu 9 interventions, pas d'amende mais obligation d'éteindre l'appareil de son. J'applaudis (je ne suis pas la seule d'ailleurs) car le niveau de nuisance sonore est ici des plus élévés, dans les bars il faut beugler pour se faire entendre et sur la plage le petit vendeur de CD piratés met toujours le son pour s'annoncer au maximum.

Une tradition propre au Nordeste, c'est la Queima da Lapinha qui marque la fin des festivités de Noël, jour de l'An et rois mages, tous les personnages de la crèche en sont retirés et l'armature de la crèche est portée en procession jusqu'à l'église du quartier et là, elle est brûlée jusqu'à être réduite en cendres, on considère alors officiellement ouverte la période du carnaval.

Le prix de la bonbonne d'eau de 20 litres vient de passer de 2 reaís à 3 et il est question que ça augmente encore jusqu'à 3, 5 R avant la fin du mois.

jeudi 1 janvier 2009

SAINT SYLVESTRE À LA BRÉSILIENNE

Je suis invitée chez les parents de Carmen pour le dernier dîner de l'année , en famille à la bonne franquette, ils ont préparé un buffet avec du rôti de dinde, un plat de crevettes en sauce et divers amuse-gueules, comme leur appart donne sur l'avenue de la plage, on est aux premières loges pour voir le feu d'artifice à minuit pétante qu'on fête avec champagne pour tout le monde, sur l'océan passe et repasse un bateau tout illuminé, en bas sur le trottoir et dans le sable une foule de gens.
On descend avec Carmen et ses neveux sur la plage pour pular as 7 ondas, sauter les 7 vagues, on va mettre les pieds dans l'eau, attendre que la vague déferle et sauter puis de nouveau attendre la suivante, 7 fois de suite et finalement reculer pour partir car on recommande de ne pas tourner le dos à la mer aprés le rituel. Coutume qui vient d'Afrique, apportée par les esclaves pour rendre hommage à Iemanjá, la déesse des eaux salées . 7 étant un chiffre sacré, (7 jours de la semaine, 7 chakras...) représenté par Exu, fils de Iemanjá. Les 7 sauts permettent d'ouvrir les chemins et que Iemanjá donne à chacun la force de vaincre les obstacles de l'année. Plusieurs personnes jettent aussi des fleurs sur l'eau.
On remonte à l'appart prendre congé des parents pour aller nous mêler aux 100 000 personnes, selon le JT, qui sont venues là.
Nuit qui va être blanche pour beaucoup, tout comme la plage, pourtant noire de monde car la plupart des Brésiliens mettent un vêtement blanc pour fêter l'entrée dans la nouvelle année. On va remonter l'avenue et la plage où les gens ont installé des tables et festoient, mais sans chichis ni cotillons, des tonnes de bouffe, petits beignets locaux, brochettes, gâteaux, noix de cajou.... La circulation a été interdite sur toute cette portion de plage et tout le monde en profite, l'avenue a pris une allure de pique-nique urbain. Les vendeurs de boisson font leur beurre auprès de ceux qui n'ont pas fait leurs provisions avant ou se retrouvent à court, nous , on a prévu le coup et on s'est emporté sur la plage de la caipirosca et de la caipirinha toute prête. Pour donner une image plus exacte de la nuit, il faut quand même parler du boucan ambiant , la musique change tous les 3 mètres, certains ayant des hauts parleurs branchés sur les voitures, les autres des carrioles à son et les hôtels de l'autre côté de la rue pour ne pas être en reste déverse leurs décibels de fête privée pour tout le monde, la mairie a monté une scéne sur la plage devant laquelle il y en a qui dansent . Il fait délicieusement frais. En repartant de là, une scéne ridicule, grotesque, des touristes parqués dans un enclos délimité par un cordon doré sur la plage avec lampadaire rococo, on leur a installé aussi un petit buffet, quelques tables et chaises et il y a un mec en costume qui doit crever de chaud pour monter la garde, tout ça en face de l'hôtel où ils sont descendus, ils dansent entre eux, on ne se mêle pas à la population mais du style à raconter en rentrant qu'ils ont passé le réveillon á danser sur la plage de Boa Viagem. Rideau.

mercredi 31 décembre 2008

EN VRAC

Un peu de tout pour aujourd'hui
J'ai vu dans la journée l'opération transfert de fonds , dans une rue tranquille, un fourgon de convoyeurs de fonds est garé sur le trottoir d'une petite succursale de Banco do Brasil , sort un type avec une sacoche à la main, qu'un autre couvre, mitraillette au poing, l'air pas commode, fusillant du regard les alentours. La violence urbaine est toujours présente, en filigrane ou plus tangente, à 3 rues de la maison, un chauffeur de taxi vient de se faire abattre.
Autre type de violence, l'injustice, un graffiti avec dessin du cangaceiro couvre le mur à côté d'un arrêt d'autobus, "ça arrive aujourd'hui, comme ça arrivait du temps de Lampião".
On reprend le musée de l'homme du Nordeste, à la sortie, aprés la salle où est exposé un carrosse, j'engage la conversation avec un bon gros sympa, Edilson qui, normalement, travaille au premier étage sur l'histoire de la région mais il vient de servir de guide à deux aveugles qu'il a accompagnés, leur faisant toucher les objets, leur donnant des explications dont j'ai profité moi aussi. Tout jeune , il a vécu à Bruxelles et il n'a qu'une envie c'est d'y retourner mais sur le plan finance pour lui ça vient après l'appart qu'il veut arranger et une opération de réduction d'estomac, c'est pas pour tout de suite. Les Brésiliens jonglent perpétuellement avec leurs cartes de crédit et les paiements échelonnés. Edilson m'explique qu'en fait la bibliothèque de la fondation Joaquim Nabuco se trouve à 2 km de là, près de la Fondation Gilberto Freyre et qu'elle va être fermée jusqu'au lundi 5 janvier.
Qui est Gilberto Freyre (1900-1987)? Un anthropologue, sociologue et auteur d'un ouvrage polémique "Casa Grande e Senzala" publié en 1933 sur la vie dans les plantations de canne à sucre du Pernambouc (en français paru sous le titre de "Maîtres et esclaves"), très étonnant selon certains car Freyre était assez réac. Allez je ne vais pas résister à l'envie de mettre quelques mots de Darci Ribeiro qui, pour moi, reflétent bien la réalité du Nordeste. « Maîtres et esclaves est le plus grand des livres brésiliens et le plus brésilien des essais. Pourquoi ? J’ai toujours été surpris et je le suis encore, de ce que Gilberto Freyre, tout en étant si étroitement réactionnaire sur le plan politique, ait pu écrire ce livre généreux, tolérant, beau et fort. Ce qui est certain, c’est que Maîtres et esclaves nous a appris, en particulier, à nous réconcilier avec notre “ancestralité” lusitanienne et nègre dont nous étions quelque peu honteux. Nous lui devons le fait d’avoir commencé à accepter, en tant qu’authentiques ancêtres, le peuple que nous avions l’habitude d’identifier à l’immigrant, bête de somme tirant les charrettes du marché, ou bien commerçant prospère et mesquin lorsqu’il s’était enrichi. Nous devons avant tout à Gilberto Frevre, d’avoir appris à reconnaître, sinon avec fierté, du moins avec sérénité, sur le visage de chacun de nous, sur celui de nos oncles et cousins, une bouche charnue, des cheveux crépus ou ces nez épatés d’origine incontestablement africaine et servile. » (Darcy Ribeiro, extrait du prologue à une réédition en 1979 du livre de Gilberto Freyre, traduit par Inês Oseki-Dépré, dans le Magazine littéraire n°187, 1982).
Tour au parc de Jaqueira, tout illuminé par les décos de fin d'année, au fond du parc une créche avec des personnages en jonc tressé.
Je sais que je me répète mais il fait une chaleur infernale.
J'ai eu une réponse de Unicordel, l'association qui regroupe les cordelistes du Pernambouc, on va se voir le 10 janvier dans un des marchés de la ville. Je suis en train de me tâter pour aller à Fernando de Noronha, l'archipel au large de Natal et si bien préservé sur le plan environnemental, où chaque touriste doit s'acquitter d'une taxe par jour passé sur l'île.
J'aimerais aussi aller au Forum Mondial qui va avoir lieu à Belém en février mais c'est loin.
Ça a commencé à crépiter un peu partout dès ce matin, rendez-vous à la plage pour changer d'année, le podium est installé.

mardi 30 décembre 2008

ÇA Y EST, C'EST FAIT

Petit bilan de fin d'année, si je reprends ma liste de "je n'ai pas encore pu", je peux dire que ça y est, c'est fait
*j'ai passé 2 jours à São João do Tigre ,
*je suis allé aujourd'hui au musée de l'homme du Nordeste dans le quartier de Casa Forte, tout n'est visitable car ils sont en train de préparer une grande expo mais le fonds est là , avec les figurines en terre d'Alto do Moura, les fers qu'on mettait aux esclaves, les objets servant aux champs etc..
* j'ai finalement acheté un MP4 pour enregistrer les conversations avec les cordelistes.
le reste maintenant , pour 2009!

lundi 29 décembre 2008

LA LOI MARIA DA PENHA

Au petit déj, on commence à discuter avec Boneção, la femme qui vient aider Carmen à la maison, de violence faite aux femmes, pourquoi la question arrive sur le tapis? Hier, une femme a été assassinée par son mari à Recife. Bonecão est convaincue qu'il ne faut pas accepter, pas une minute, amour ou pas , qu'un homme lève la main sur nous mais elle a du caractère. Pour preuve, elle me raconte que, mariée à 16 ans, à 17 alors qu'elle était enceinte son mari a voulu la battre mais elle ne s'est pas laissé faire et elle a réagi immédiatement et très fort, elle lui a dit: "Si tu fais ça, pendant que tu dors, je te plante un couteau dans le ventre et je mets le feu au matelas. C'est vu?". Il n'en pas cru ses oreilles mais il n'a jamais recommencé. Par contre, elle ne travaillait pas à l'extérieur alors elle n'avait droit à rien, elle devait lui rendre des comptes pour tout. Elle a supporté ça 8 ans et puis quand sa deuxiéme fille est née, elle lui a dit qu'elle partait. Il lui a répondu qu'elle n'avait le droit de rien emporter, tout était à lui, pensant ainsi la dissuader mais elle a tenu bon, elle s'est réfugiée chez son pére avec les 2 petites et elle reconnaît aujourd'hui qu'au moins il n'a pas cherché à l'emmerder par la suite.


Elle trouve que c'est bien qu'il existe maintenant une loi contre la violence conjugale, la loi Maria da Penha, toute récente du gouvernement Lula car elle fut votée le 7 août 2006 et elle entra en vigueur le 22 septembre de la même année. La loi durcit les peines de prison ferme contre les agresseurs, à vrai dire c'est passé de 1 an maximum à 3, et avant il suffisait de payer une amende s'il n'y avait pas peine de prison ou si c'était le cas, de verser une caution pour être libre, ou encore de s'engager à payer a cesta básica (les provisions de base , les produits de première nécessité). Elle prévoit aussi des mesures d'éloignement et de bannissement du domicile conjugal. Et puis les femmes pour porter plainte peuvent le faire dans un bureau qui leur est réservé , a delegacia da mulher.


Lula a donné à cette loi le nom de Maria da Penha en hommage à cette femme du Ceará qui a lutté pendant 20 ans pour que son mari et agresseur soit condamné. Maria da Penha est une pharmacienne qui a subi les violences de son mari , un professeur universitaire, durant 6 ans. En 1983 il essaie de la tuer deux fois, la première avec une arme à feu et la deuxième par électrocution et étouffement, ce qui la laisse paraplégique . 9 ans plus tard il est condamné à 8 ans de prison mais n'en fait que deux. En raison de ce fait, elle recourt au CLADEM (comité latino américain de défense des droits de la femme) puis c'est la Commission Interaméricaine de Droits Humains de l'OEA (Organisation des États Américains) qui, en 2001, condamne le Brésil par négligence et omission pour avoir attendu 19 ans pour punir l'ex-mari de Penha, Marco Antonio Herredia Viveiros, et recommande de verser une indemnisation à la pharmacienne, indemnisation qu'elle recevra seulement en juillet 2008. Maria da Penha est aujourd'hui , à 60 ans, leader des mouvements de défense des droits des femmes.


Pour revenir à Bonecão, elle dit qu'il y a encore beaucoup à faire dans le domaine mais c'est déjà quelque chose. Et puis j'espère que, si je rencontre Vera Baroni, j'en apprendrai plus sur le sujet au Pernambouc. A suivre...

samedi 27 décembre 2008

PLAGE REPORTAGE

On s'amuse avec Carmen à faire la liste des petits vendeurs sur la plage, qui passent et repassent sans arrêt. Il y a des solitaires ou des entreprises familiales comme la caldeirada de Genival, le père a le triporteur et les gamins eux, passent avec des thermos rangés dans un grand sac.
Ça donne que, les pieds dans le sable et la tête sous le parasol que Fábio nous plante en bord d'océan , on peut sans bouger de sa chaise y manger

un espetinho une brochette
um caldinho, une sorte de soupe un peu épaisse aux haricots noirs avec un peu de viande ou crevettes
uma caldeirada, a da Riso é a melhor soupe veloutée à la crevette et noix de coco (photo centrale)
um carangueijo
un crabe
um arrumadinho viande hachée rissolée servie avec feijão vert et légumes
empadas e pastelzinhos sorte de petits chaussons fourrés à la viande ou au poulet
queijo na brasa du fromage blanc solide planté sur un bâton et cuit à la braise
kibes
boulettes de boulghour farcies à la viande, d'origine libanaise
escondinhos viande ou morue mélangée à de la purée et gratinée
agulha frita poisson de la famille Strongylura
sururu mollusque d'ici
ovos de codorna des oeufs de caille
os salgadinhos caseiros de Jujú des amuse-gueules sablés et salés au fromage ou à l'oignon,
um cavaquinho sorte de grand cylindre en pâte gaufrée, comme les cigarettes de mon enfance
as cocadas gâteaux faits de noix de coco rapée , elle peut être caramélisée ou nature
um dudu ou um picolê des glaces à l'eau
algodão doce de la barbe à papa
et aussi en vrac du poisson , un sandwich végétal, des huîtres, des grosse crevettes, des grillades, des hot-dog, des cacahuètes et noix de cajou, des chips et autres amuse-gueule, de l'ananas, de la salade de fruits, des fruits. La portion standard pour tous ces plats c'est une assiette en plastique creuse de la taille d'un demi-bol (voir photo)


pour accompagner, on peut y boire
le roi de la plage, o coco verde
uma raspadinha boisson à base de fruits ou sirop qui a la consistance du granizado espagnol
des boissons gaseuses (je ne ferai pas de pub), de la bière, de la cachaça, des jus de fruits naturels


c'est pas fini, comme vendeurs ambulants on trouve aussi ceux qui vendent chapeaux de soleil, paréos, maillots de bain, vêtements de plage, lunettes de soleil, crémes et lotions solaires, de l'artisanat (bracelets colliers boucles d'o et objets divers), des tongues, des montres, des CD piratés, des tableaux, des cigarettes
et pour les gosses
des jouets en plastique, des moulinets, des cerf-volants, des bouées

on n'oublie pas le service tatouage sur place et l'homme qui vend des petites perruches bleues et vertes, je crois qu'on a fait le tour.

PLAGE, MODE D'EMPLOI

As dicas de Carmen/ les tuyaux de Carmen


*Les femmes ne serrent pas les mains aux hommes car ils passent leur temps à se toucher, quoi? vous avez deviné!


*Sur la plage, en général on va toujours voir le même installeur de parasol et pour 2 reaís, vous avez la chaise pliante et l'ombre, le coco verde est en prime, si vous voulez une autre boisson , il vous la fournit mais on raque.


*Vu que le sable est très fin, vaut mieux accrocher ses tongues au bras de la chaise , tout comme le sac de plage d'ailleurs car l'eau monte , aujourd'hui en deux heures de temps , l'océan a recouvert d'eau le sable occupé par les deux premières files de baigneurs qui se sont repliés vers l'arrière et nous , qui étions sur la troisième, nous sommes retrouvées aux premières loges.


* Quand on va se baigner en même temps, le mieux c'est de replier une des chaises et la poser en travers sur l'autre pour éviter qu'on vienne toucher à nos affaires


* Quand l'eau a recouvert la moitié de la plage et qu'on ne voit plus la barrière rocheuse , prudence, c'est préférable de ne pas se baigner car les requins peuvent alors passer, un panneau en bord de plage rappelle qu'il y en a à Boa Viagem. L'autre soir, en se baladant à la fraîche, on a vu un touriste style nordique entrer dans l'eau tout content sans se rendre compte que, malgré les gens encore sur la plage à cette heure-là, personne n'était dans l'eau, on lui a fait des grands signes pour qu'il sorte et il a fini par comprendre.

vendredi 26 décembre 2008

GONZAGA DE GARANHUNS


J’arrive ponctuelle au rendez-vous avec Gonzaga de Garanhuns au centre culturel de la ville. mais il y est déjà en train de discuter avec Wagner, le jeune qui m’a reçue le jour d’avant. C'est un homme trés cordial qui va d’abord me montrer la maquette de la couverture du livre qu’il vient de terminer et dont la publication est imminente “Garanhuns em versos, um pouco da sua história”. Puis c'est un long échange de plus de 3 heures sur le cordel , en voici quelques passages et le mieux c'est que je lui laisse la parole.

La literatura de cordel c’est mon sport favori, il rit, mais je ne voudrais pas en faire une profession, ça non! Avec ses exigences et caractéristiques, surtout pour la métrique, chaque vers compte 7 syllabes toniques, ça le rend facile à chanter.

Plus tard, au cours de la matinée, il va me chanter un cordel en insistant: Si le cordel n’a pas 7 syllabes, c’est impossible à chanter.

Il évoque la figure de Joseph Luyten, un chercheur d’origine hollandaise qui fit de nombreux voyages au Japon, en Hollande, en France aussi à Poitiers où vivait Raymond Cantel, spécialiste de cordel lui aussi (pour la petite histoire c’est avec le précis de grammaire de Cantel que j’ai appris le portugais en fac). Un jour, Luyten lui rendit visite, Gonzaga s’en émeut encore aujourd’hui et il me raconte l’anecdote suivante. “Il faisait un froid, um froid de canard mais Luyten, lui, voulait absolument boire une bière, moi je n’en avais pas trop envie mais comment lui refuser ça, tout de suite aprés je lui propose qu'on se prenne uma cachaça, mais surtout faut rien dire à ma femme, promis?” et Luyten resta coi. Il est mort le jour même de ma présentation au festival d’hiver de la ville, le 27 juillet 2006...

C’est mon grand-père de Paraíba qui va insister pour que j’étudie, en milieu rural ce n’était pas évident, on n’étudiait pas par niveau à l’époque , on étudiait par livre. Qui lisait était considéré comme un docteur, um savant. En lisant des cordels, j’ai appris à écrire. Je travaillais, gamin, dans les champs de coton, quand je pouvais j’allais sur les marchés et m’achetais des cordels.

En 1973 il compose son premier cordel “Lampião na Serrinha” qu’il va me donner et me dédicacer après. Il poursuit: Pour la petite histoire, jétais en train de lire le journal et on y parlait de cordel à Caruaru et de la richesse culturelle de cette ville, alors ça m’a fait réfléchir et je me suis dit, ici ce n’est pas le cas mais ça peut le devenir, et voilà. Depuis je n’ai pas arrêté, mes sujets préférés....l’histoire de ma terre, Garanhuns, Lampião, Luis Gonzaga o rei do baião, les blagues et l'actualité. Mon dernier titre c’est “Direito e ciudadania em literatura de cordel”, celui-là, je l’ai écrit une nuit où je me suis réveillé à 3h30 du matin. Eh bien, à 6 h il était fini!

J’écris aussi pour les enfants, avec "O nascimento do poeta " (la naissance du poète), ils ont beaucoup ri, ça faisait plaisir à voir

Mon cordel, "O vôo da asa branca" fut le premier écrit sur la mort de Luis Gonzaga en 1989.

Gonzaga avoue: Jai deux passions dans ma vie, le cordel et le reisado* .
Il est très fier du rôle qu’il a joué pour faire connaître le reisado de Garanhuns.
J’ai fait um CD de reisado, pour moi pas de problème, on peut le pirater. Un jour, on a publié um livre sur Luis Gonzaga, j’ai eu la surprise de voir que mes vers étaient reproduits là, on ne m’avait rien demandé mais ce n’est pas grave, j’ai plaisir à voir mon nom divulgué. On me sollicite souvent pour le festival d’hiver qui a lieu ici en juillet.
Il parle aussi de ses cordels envoyés dans différents musées du monde , des prix qu'il a gagnés.
A mon avis, pas de risque que le cordel disparaisse, il est dans les mains des intellectuels, moi je crois que c’est plus un vrai cordel quand c’est écrit par quelqu’un du peuple que par un intellectuel. Là aussi je sens chez Gonzaga comme j'ai pu sentir chez d'autres une certaine réserve par rapport aux cordelistes intellectuels comme il les appelle.
Il a des projets à la pelle, achever 2 cordels sur le sertão et un livre de contes en prose.Et puis je suis en train de terminer “O conto da asa branca” sur Luis Gonzaga, em 2009, ça fera 20 ans qu’il est mort, si Dieu le veut, je ferai le lancement du livre à Exu, sa terre natale.
Il voudrait aussi monter à Garanhuns une maison du cordel , et s'il ne peut obtenir de subventions, il est prêt à faire ça tout seul , quitte à l'installer chez lui .
Gonzaga va aussi m’expliquer pêle-mêle qu’il n’aime pas les anglicismes dans le portugais du Brésil , qu' il existe une literatura de cordel porno, vendue sous pochette plastique pour ne pas tomber dans les mains des gosses.
On revient à Lampião, il me lit avec forces gestes et intonation son cordel sur l’histoire du cangaceiro, un des plus grands stratèges du Nordeste, à qui tout le monde obéissait. Gonzaga est d'ailleurs membre d’ ESBEC (Etude Sociale Brésilienne du Cangaço) il est allé jusqu'à Serra Talhada, lieu de naissance de Lampião et à 45 km de là, il a eu l’occasion de parler avec des cousins du cangaceiro. Il m’explique que le premier ennemi de Lampião, Saturnino, faisait partie de sa famille, la famille Nogueres. Lors d’un deuxième voyage dans le sertão, il va rencontrer trois survivants de la bande à Lampião âgés de 96, 102 et 94 ans à Palo Afonso dans l’état de Bahia. Sur ce , il m'entraîne visiter le centre culturel, ancienne gare de la ville et dans la salle de spectacles actuelle, passaient autrefois les rails.


* (un mélange de représentations scéniques de Noël et des chants des rois mages, les personnages dansent, chantent et conversent vêtus de vêtements colorés).

mercredi 24 décembre 2008

ÇA S'AFFAIRE


Même si j'ai du mal à associer Noël à cette chaleur tropicale, c'est pour bientôt et tout le monde s'affaire, moi, j'ai préféré la plage aux magasins. Elle est noire de monde et toute colorée de parasols le jour de Noël, et ce qui ne pouvait pas manquer ! une des buvettes en bord d'océan avait fait la déco neige et père Noël sur son traîneau sur le toit.
Dans la favela au pied de l'immeuble, on entend des pétards depuis
hier. Les caissiers du supermarché ont tous des bonnets de père Noël sur la tête. Les pôvres! avec la chaleur qu'il fait!

BONNES FÊTES À TOUT LE MONDE
La fleur, c'est en portugais un bastião de Saõ Jorge du jardin de Nelita.
Comment ça se passe Noël? Tout le monde s'en doute, au balcon comme dirait le proverbe et même encore plus fort sur la plage et la messe de minuit à l'extérieur de l'église car il fait trop chaud dedans. Il existe quelques traditions culinaires , comme de manger de la dinde mais elle sera fourrée aux noix du Pará ou plus rarement un chapon et pour le dessert des panettones et puis coutume plus enracinée dans l'intérieur , héritée des Portugais, on peut pour Noël préparer un plat de morue.
Dans les maisons, on installe à l'entrée la créche avec les personnages en terre le plus souvent, de l'artisanat local . Sur la place de l'église de Boa Viagem, le soir, on assiste à un pastoril, comme un peu partout dans la ville aujourd'hui. Le pastoril est un mélange de danse et de théâtre qui parle de la naissance de Jésus Christ. Ici, ce sont des petites filles d'une dizaine d'années qui dansent, vêtues de jupes à volant et bustier, avec un diadème plein de paillettes dans les cheveux; elles sont réparties en deux groupes, les unes toutes en bleu et les autres en rouge. Elles chantent et dansent en virevoltant pour fêter l'enfant Jésus. A part elles, interviennent aussi a borboleta, le papillon, Diana, la médiatrice qui n'est d'aucun des groupes, vêtue moitié de bleu, moitié de rouge et a cigana, la gitane. Derrière elles, se tiennent les musiciens qui jouent du tambour et des instruments à vent. Carmen, quand elle était enfant, faisait partie des filles en bleu. Je n'ai pas mon appareil , je vais mettre un lien vers une page photo et vers aussi un blog tenu par une prof de FLE et ses éléves sur le Pernambouc et ses traditions et sa culture.

mardi 23 décembre 2008

TRANSPORTS EN TOUS GENRES
















À Caruaru j'ai découvert les motos-taxis, il y en a pas mal dans le centre-ville prêts à vous emmener où vous voulez, si c'est dans la ville c'est prix fixe 3 Reaís, soit 1,20 euro . Pour toute course dans les faubourgs, ça se marchande. A quoi on les reconnait? D'abord s'ils sont libres, ils ont toujours un casque accroché au bras, ensuite , c'est comme le Port-Salut, c'est marqué dessus, sur le tee-shirt ou sur le gilet du conducteur. Les casques, il faut qu'ils s'adaptent à toutes les têtes, même les grosses. Après un pot sur le marché, j'en hèle un pour me ramener chez les copains, le casque est un peu grand mais bon ça ira, je me tiens au porte-bagages derrière et c'est parti , pas mal! il est prudent mais rapide aussi, c'est à refaire, plus cher que le bus mais ça vaut le déplacement, il semble que ce soit l'apanage des petites ou moyennes villes , il y en avait aussi à Garanhuns. Certains bus ici ont déjà beaucoup vécu, ils roulent dans un boucan d'enfer en tressautant sur la route parfois défoncée, ce n'est pas de tout repos. Celui qu'on voit ici, il est plutôt neuf, on monte par l'arriére, on paye à la receveuse et on passe la rolete, le tourniquet, faut pas être gros , il y en a parfois qui restent coincés . Comme les enfants ne paient pas, ils se faufilent sous le tourniquet. Par contre, on n'en demande pas tant à ceux qui bénéficient de la gratuité des transports, les personnes âgées montent par l'avant du bus ni aux femmes encientes ou avec des petits enfants qui montent par l'avant et vont payer ou font passer l'argent jusqu'au fond si le bus est plein. Dans les nouveaux bus où il y a pourtant des boutons pour demander l'arrêt, le système fonctionne comme dans les autres, il faut tirer sur la ficelle qui passe le long du couloir en haut du bus. Allez, encore un petit détail et je m'arrête, à toute personne qui monte avec des sacs ou paquets et doit rester debout, celui qui est assis va proposer de la décharger et de mettre les affaires sur ses genoux, sympa, non?

lundi 22 décembre 2008

A RÃ DANADA DO SERTÃO


A RÃ DANADA DO SERTÃO

Nesse lugar tão seco,
A rã que gosta d'agua
Se refugiou no vaso
Do banheiro da casa,
Chegou mulher francesa
Fazer xixi queria
Sem saber se sentou lá


Para rã de repente
Chegam chuva e noite
Dá um pulo, contente,
Na bunda da senhora.
Berrando, se põe de pé
Descobre rã pequena,
Sozinha não, tem outra!!!


Não acaba história
Depois dessa surpresa,
Vai falar com amiga,
Maricélia lhe conta
Similar aventura
Disso riram bastante
Em São João do Tigre




ilustração: Maria Alice C. F. Bonifácio


mini cordel: Claire Marlhens




Voilà mon premier essai en tant que cordelista moi aussi, maintenant vient la traduction.




LA MAUDITE GRENOUILLE DU SERTÃO


Dans ce très sec endroit
La grenouille qui aime l'eau
Un jour se réfugia
Dans les WC plein d'eau.
Une française arriva,
Faire pipi, elle voulait
Sans savoir, elle s'assit là


Pour la grenouille tout à coup
Tombent la pluie et la nuit,
Contente, elle bondit d'un coup
Sur le cul de la dame la voici,
D'un cri elle se met debout
Et découvre cet animal tout petit
Seul, non! Il y en a une autre aussi.


L'histoire ne s'arrête pas ici,
Aprés cette surprise-là,
Elle va parler à son amie,
Maricélia lui raconta
Aventure du même gabarit
De ça, beaucoup on rit
A São João do Tigre




Note de la traductrice

Régionalismes

Moisés vient de m'expliquer que, si dans le Nordeste on utilise le mot pour grenouille, dans le reste du pays, le mot perereca est plus courant, alors que par contre, ce mot dans le Nordeste a une connotation sexuelle et c'est un des nombreux mots utilisés pour désigner le sexe de la femme.

dimanche 21 décembre 2008

SÃO JOÃO DO TIGRE ET LE SERTÃO


Voilà une chose de faite, à rayer dans la liste des "je n'ai pas pu encore..." hier départ à l'aube de Recife pour aller passer ce week-end dans l'état de Paraíba à São João do Tigre où les parents de Maricélia ont une maison. On atteint Pesqueira dans la matinée puis c'est Cimbres, près de là vit une communauté indigéne, les Xukuru qui occupe une terre assez vaste et fertile. Leurs enfants sont scolarisés dans leur langue mais à part ça, ils ne conservent pas de coutumes spécifiques, me dit-on.

Comment savoir qu'on passe du Pernambouc au Paraíba? Simple comme bonjour, la route asphaltée s'arrête brusquement , c'est la limite. Elle fait place à une piste de terre, c'est aussi tapecul d'un côté que de l'autre, il y a la poussière en plus maintenant qu'on vient de pénétrer dans le sertão, cette zone au climat semi-aride qui couvre 8 états du Nordeste et une superficie de 2 fois la France. Le paysage change, plus sec, c'est la caatinga, type de végétation caractérisée par des petits arbres épineux, beaucoup de cactus et une herbe séche et rare. Le sertão , c'est la terre des cangaceiros aussi, une des zones les plus pauvres du Brésil que j'ai toujours voulu connaître, à cause des films de Glauber Rocha, d'écrivains comme Garcilaso Ramos ou d'ouvrages comme "Géographie de la faim" de Josué de Castro, dont la pensée a servi et sert encore de référence pour beaucoup ici (pour le MST, le programme Faim zéro de Lula...)


On revient à cette route poussiéreuse, on passe sur le lit d'une rivière complétement à sec mais qui , durant la courte période où il pleut, peut être en crue et rendre la route impraticable. A la saison des pluies le sertão reverdit aussi, arbres, fleurs et plantes qui vont survivre quelques mois avant de succomber sous la sécheresse. Enfin on y est , la maison est grande, blanche et bleue sur ce fond sec, Maurismar et Sonia ont vécu là au début de leur mariage. Au petit déjeuner, devant des papayes, ils nous évoquent la ferme telle qu'elle était, ils produisaient fruits et légumes, vivant presque en autarcie. De minuscules grenouilles élisent domicile dans les WC de la maison, cherchant l'eau d'où mon bond quand l'une d'elles me saute sur les fesses alors que je m'assois pour faire pipi. Autre animal familier, la chuave souris qui vient faire untour dans la chambre quand on laisse la fenêtre ouverte. Pour vous planter le reste du décor, au-delà du portail d'entrée et du bout de jardin, ils ont des terres mais totalement incultes. Sur le côté, la maison de la famille qui s'occupe de la ferme et vit de l'élevage de chévres et boucs, la viande la plus consommée ici. Tour d'horizon aprés le déjeuner, un peu en creux derrière les enclos où broutent les chévres, un étang , pas très plein à vrai dire, mais pendant la saison des pluies il peut arriver jusqu'au niveau de la maison. Un peu loin, il y a une pompe éolienne de l'ancien temps pour capter l'eau souterraine, qui passe ensuite dans une cuve etc. ,on repart vers le chemin qui conduit à la route , des cactus, des cactus et encore des cactus , on trouve aussi deux sorte de caroubiers et des épineux. Dans le jardin, tache de couleur sur ce fonds poussiéreux une variante de jasmin qui donne des fleurs blanches et rouges. Dans les bruits qui troublent parfois le silence, un âne brait, les clochettes des chèvres tintent et de temps à autre , un bruit de moto ou de voiture pour rappeler que le monde existe. Petit tour au bourg à quelques kilométres de là. 4 rues dont la principale , avec un terre-plein au milieu mène á l'église. Des femmes vendent des fruits dans des caisse posées sur le trottoir est l'odeur des goyaves quand on passe fait plus qu'envie. Maricélia va me montrer comment chupar uma manga, sucer une mangue, en faisant juste une fente à une extrémité et presser sur le fruit , on l'ouvre pour profiter de la pulpe seulement quand il n'y a plus de jus.
Le nom de la ville vient d'une chapelle construite en l'honneur de saint Jean Baptiste, d'autre part on aurait assimilé les onces peuplant la zone, apparaissant sur les peintures rupestres du lieu à des tigres d'où le nom actuel. L'activité artisanale la plus connue c'est le travail des dentellières, celles d'ici sont réputées pour la qualité de leur travail, elles se sont regroupées en coopérative. L'une dessine les motifs tandis que les autres brodent . Mais São João do Tigre ça veut dire aussi problémes de soin si vous êtes malade, la maternité locale et fermée, Sonia qui a mal à la tête aimerait faire prendre sa tension, pas moyen , le poste aux médicaments est fermé et dans l'autre endroit pas possible, car elle n'est pas de la même couleur politique. Petit bourg, tout se sait si vous avez voté comme moi, vous avez plus de chance d'être servi que si vous êtes dans l'opposition. Ça c'est la plaie locale, dit Maurismar. faut pas être pressé si jamais vous devez faire appel à quelqu'un sympathisant du parti opposé. Comme tout bar qui se respecte, celui de São João sert aux discussions politiques entre hommes mais ça peut prendre une allure spéciale s'il y a des repentistas, ces rimeurs qui s'affrontent oralement en vers, à coups de rime accompagnés par une petite guitare. Ça c'est Moisés qui raconte à son retour de la ville, j'aurais bien aimé voir le duel mais apparemment le bar n'est pas un endroit pour les femmes.
Au crépuscule, le ciel se zébre d'éclairs , j'ai eu droit à la pluie dans le sertão alors que Maurismar dit qu'il n'a pas vu pleuvoir depuis 3 ans! Un luxe! Il va de nouveau pleuvoir le lendemain, la terre respirera un peu, elle prend une autre couleur , semble plus brillante.

vendredi 19 décembre 2008

JE N'AI PAS ENCORE PU....

je n'ai pas encore pu....

*voir Suely, cette amie de Brasilia car elle n'est pas venue le 18 comme prévu
*voir le Memorial de Mestre Galindo, céramiste à Alto de Moura, il est fermé le lundi
*aller à São João do Tigre, dans le sertão de Paraíba, on n'avait pas de voiture
*assister au concert de Dominguinhos, un des sucesseurs de Luis Gonzaga à Nova Jerusalen, plus de place dans le bus
*interviewer Jota Borges, un des plus grands cordelistes du Pernambouc car de Caruaru je suis repartie dans la direction opposée à Bezerros où il habite
*revoir le musée de l'homme du Nordeste à Recife, fermé pour travaux jusqu'au 18 décembre
*voir le musée du Forró, l'espace Elba Ramalho à Caruaru, même chose que le précédent
*rencontrer l'amie de Fernanda, une femme cordeliste
*aller écouter la chorale de Áurea, trop juste de temps
*voir la Casa de Artesanato de Garanhuns, j'y suis arrivée trop tard dans la soirée
* acheter de graveur à Garanhuns pour enregistrer les conversations avec les cordelistes, rupture de stock, jusqu'en janvier, j'en ai été quitte pour prendre des notes à la main parfois dures à me relire

MAIS RIEN N'EST PERDU

jeudi 18 décembre 2008

POETA CRISTOVÃO



POETA CRISTOVÃO




Poeta Cristovão a une petite boutique sur le marché de Caruaru, elle était close le premier jour où je suis passée car qu'il n'y est que le matin de 7 à 9.
Aujourd'hui il est venu avec son petit-fils. C'est un petit monsieur avec la casquette vissée sur le crâne qui parle à sa guise et saute du coq à l'âne, il me raconte pêle-mêle que ses cordels sont connus dans 192 pays, parce qu'il est passé au journal télévisé de la TV Globo, que le cordel est né dans les pays arabes et qu'il a un don pour la poésie.
Il a commencé à écrire à l'âge de 10 ans et il utilise lui aussi le sizain comme type de strophe mais comme il ne sait pas dessiner, il a toujours laissé le dessin de la couverture à d'autres et sur le folheto de la biographie de Lampião, on trouve même une photo.
Il va ensuite m'expliquer que pour lui, la ville la plus vieille du monde c'est Jéricho.
Puis on continue, cette fois, avec un autre romance qu'il a écrit sur les signes qui annoncent la fin du monde " Sinais do fim do mundo" en s'inspirant du Nouveau Testament et qui en est déjà à sa 32º édition. Le moment est à la déclamation, il tient à me faire entendre sa version orale de la fondation de Rome mais pas en entier car il faut absolument qu'il me parle aussi du cordel qu'il a écrit à la mort de Kubitschek, le président brésilien qui a fait de Brasilia la capitale du Brésil. Bref, beaucoup de choses l'intéressent, de la Bible à des aspects plus scientifiques et il fait souvent un travail de recherche et vérifie le bien-fondé des données qu'il utilisera dans ses cordels en écrivant à une banque de données à Rio pour s'informer, ça peut être pour savoir la profondeur de l'océan comme pour savoir quel est le meilleur télescope qui existe. Il tire une grande fierté des écrits qu'il a fait parvenir à l'université comme sujet d'études.
Mais actuellement il n'écrit pas et réédite seulement ses oeuvres. C'est l'heure de fermer boutique, en quelques minutes c'est fait, il prend son petit-fils par la main et s'éloigne entre les échoppes d'artisanat.

mercredi 17 décembre 2008

LE QUILOMBO DE CASTAÍNHO



Je tiens absolument à aller au Quilombo de Castaínho mais c'est pas de la tarte, il est assez éloigné du centre ville , pas de bus et la route est peu fréquentable aux dires de plusieurs personnes pour faire ça à pied, je fais affaire avec un taxi , Leandro.
Mais quilombo kezako? A l'origine, un quilombo c'est une communauté formée par des esclaves noirs qui fuirent les plantations au début du 17º siècle et se réfugièrent dans des endroits inacessibles où ils reproduisirent le système communautaire de leur pays d'Afrique.
Le quilombo de Palmares créé en 1604 dans l'état d'Alagoas est le plus célèbre pour sa résistance car Zumbi un noir rebelle tint tête aux Portugais et aux Hollandais, on finit par lui tendre une embuscade et il fut poignardé et décapité le 20 novembre 1695. Sa tête plantée sur une lance fut exposée sur la place publique à Recife pour ôter à d'autres noirs l'envie de l'imiter. La date de sa mort est devenue le jour de la conscience noire ici et le quilombo, le symbole de la lutte du mouvement noir au Brésil.
On a accédé au quilombo par un chemin de terre qui débouche devant l'église petite et rose, l'habitat est assez dispersé, 206 familles y vivent principalement du manioc et de la production de farine, mais ils font aussi du maïs, des haricots et des légumes verts. Les maisons sont toute simples, éparpillées parfois peintes de couleurs vives et le linge qui séche rajoute encore une note de couleur qui contraste avec la terre marron. Une gamine passe, ramenant deux vaches. On fait halte devant une maison verte , c'est là qu'on fait la farine de manioc, l'activité principale de la commmunauté, avec 3 récoltes par an. La femme qui nous accueille, Céla, va d'abord me faire me montrer la grande piéce ouverte sur la rue, deux femmes assises sur le sol devant des tas de racines de manioc qu'elles pèlent. A elles aussi j'aimerais poser des questions mais l'autre m'entraîne vers les machines, l'une qui râpe, l''autre qui presse pour retirer le liquide et enfin une qui sèche et tamise. Rien ne se perd car avec les pelures, on fait une farine plus grossière qui servira pour les bêtes, les porcs entre autre. A l'extérieur, il y a des grandes cuves où l'on rince la goma (la fécule) une journée entiére puis on la lave. Céla m'affirme maintenant que la production est d'une tonne par jour alors qu'avant elle a parlé de la même quantité par semaine. Mystére!
Jusqu'en 1987, tout se faisait manuellement et puis la communauté a acheté des machines et avec l'appui d'une ONG Djumbay, elle a pu agrandir et moderniser la maison de la farine. Le quilombo participe à un projet de développement durable "Projeto de desenvolvimento sustentável das comunidades quilombolas no Brasil", une affiche est placardé contre le mur du fonds et il a des subventions ce qui permet de continuer à s'équiper. Tout ça, ça me donne envie d'en savoir plus sur l'histoire et le fonctionnement de la communauté. Céla va juste me dire que dans l'autre maison, séparée de la verte par un sorte de passage couvert, une pièce sert de salle de réunion pour l' "associação dos moradores" (les habitants du lieu) et la pièce du devant sert pour l'accueil des enfants le matin (ils n'ont école que l'aprés-midi), ceux qui ne peuvent pas travailler pour une raison ou une autre (physique, santé...), conclusion: les enfants filent un coup de main mais Céla a fait lever bien vite les deux petites filles qui aidaient au manioc quand j'ai sorti mon appareil pour prendre une photo, le travail des enfants étant officiellement interdit au Brésil. On va aller voir les arbres originaires d'Afrique qui leur ont été envoyés en 2001 pour rappeler aux Noirs leurs racines, juste à ce moment-là passe une femme dont Céla me dit qu'elle est descendante directe des esclaves fugitifs. Des 2 arbres le gameleira a poussé de façon spectaculaire et le baobab lui est plutôt rabougri, apparemment il ne se sent pas chez lui.
Petit tour à l'école, toute nouvelle , pas encore terminée, pour l'instant 2 classes de faites et trois niveaux scolaires dont l'un , la 4º a cours le matin, là Carla nous explique que ça représente un total de 82 élèves, dont quelques-uns sont d'Estiva, un quilombo voisin. Dès la rentrée , l'école va pouvoir accueillir une classe de plus petits et une 6º. Salles rustiques, pas de tables, des chaises en bois avec une tablette fixe, ils devraient en recevoir bientôt des nouvelles avec une tablette rabattable (là clin d'oeil à mes collègues , ça vous rappelle qqch, non?). Les instits ne sont pas d'ici, Carla finit sa formation et aimerait avoir un poste ici. A l'heure où on passe, l'école est vide , approche des grandes vacances, à l'exception de 2 filles qui font du rattrapage. Pas d' adultes parmi les élèves, pourtant certains sont analphabètes, c'est en projet...
En ce qui concerne l'histoire du Quilombo , un seul interlocuteur, le mari de Céla, Zé Carlos, également président de la communauté qui n n'est pas là et pas joignable. On se fait la réflexion avec Leandro, le chauffeur de taxi qu'il pourrait transmettre son savoir à d'autres. Mais j'ai pu glaner quelques infos, que l'histoire de Castaínho était liée à celle du quilombo de Palmares car le lieu fut fondé par un groupe de noirs qui réussit à fuir la guerre menée contre Palmares, il y a 300 ans, ils se réfugiérent sur le Monte Magano puis se dispersérent.
Ce qui est assez curieux, c’est qu’il y a eu un glissement de sens et que quilombo a pris une connotation péjorative chez les voisins, un Argentin qui dit “qué quilombo, che!” veut dire “quel bordel, quel foutoir!” comme si le fait historique avait été déformé, que la seule chose qu’on ait voulu transmettre de Palmares, cette expérience échappant au pouvoir dominant et tendant à instaurer un autre fonctionnement, c’était une idée de désordre anarchique, de confusion.

GARANHUNS L'OASIS

J'arrive à Garanhuns lundi en fin d'aprés-midi, à 6 heures du soir il fait 18°, un délice, une petite brise en prime, je respire enfin mais je vais vite déchanter, hier mardi même tôt la température atteint des records de chaleur, heureusement elle tombe en soirée, Garanhuns est à un peu plus de 220 km de Recife, c'est la ville des fleurs, la Suisse du Pernambouc. Elle a 129 ans d'existence, elle est entourée de 7 collines.
JAMAIS DU PREMIER COUP
Hier matin , aprés quelques longueurs dans la piscine du Sesc, la résidence hôtel où je loge, je pars en chasse, c'est pourtant simple je veux un plan de la ville et bien sûr des renseignements sur le cordel. Je commence par la mairie, on m'envoie au premier étage voir un monsieur qui me conseille de redescendre au rez-de-chaussée chercher un dénommé Givaldo pour le plan et pour le reste d'aller jusqu'au Centre Culturel, Givaldo m'explique que son plan de la ville couvre un pan de mur, est en 6 morceaux et donc difficile à réduire, le mieux c'est d'aller à Secretária de Turismo. Tant qu'on y est, je lui demande s'il a idée de l'endroit où je peux trouver un graveur de son oui, j' y atterris mais pas de pot, rupture de stock jusqu'en janvier et je vais en être quitte pour prendre des notes à la main. Au Centre Culturel, en réalité l'ancienne gare avec son esplanade où passait la voie de chemin de fer, un petit jeune, Wagner me montre la bibliothéque avec quelques cordeìs puis téléphone à un cordeliste pour savoir s'il est disponible, l'affaire est faite, rendez-vous pris pour mercredi à 9 heures du matin. Il me reste le plan à trouver , prés de la Rodoviaria (gare routière), m'a-t-on dit, à côté aussi du parc aux eucalyptus, il y a le Centre Administratif, Là Elaiane me donne effectivement un dépliant sur la ville, on discute un bon moment et je repars avec des cadeaux de la maison, un petit bloc-notes, une brochure sur une église sanctuaire, des cartes postales et un folheto de cordel qu'elle me dédicace. J'y ai passé une bonne partie de la matinée mais je vais répéter une fois encore que les gens ici sont tous des gens adorables , prêts à se mettre en 4 pour vous donner un coup de main, ce que j'apprécie le plus du Brésil , c'est les Brésiliens et dans le Nordeste, cette hospitalité , cette disponibilité c'est encore plus flagrant.
Pas de photo aujourd'hui, mon appareil a la batterie à plat mais ça va venir, je les rajouterai.
CHOSES À VOIR
Le dernier jour que je passe ici, je fais la toutou, la touriste. Le Sesc propose , avec arrêt aux endroits les plus emblématiques, un tour de la ville , c'est parti , on commence en fait par en sortir , on va passer sans s'arrêter devant l'ancienne gare devenue centre culturel et juste à côté la place Guadalajara, une grande esplanade qui doit son nom à une victoire du Brésil contre l'Italie dans un match de foot qui se fit dans le stade du même nom au Mexique, peu aprés on passe devant le monastère de São Bento où l'on peut venir écouter tous les jours à 18h des chants grégoriens et on prend le chemin du Monte Magano (1030m) où se réfugièrent les esclaves qui fuirent du Quilombo de Palmares. De là on voit la fazenda de Serra Branca qui fournit l'eau minérale du coin. En 1954, on a planté là un Christ Rédempteur dont l'artiste dit qu'il est plus près du ciel que celui de Rio, car même s'il ne fait pas la taille de l'autre, il est plus haut que lui car sur un mont. Sur ce mont, chaque année à Pâques , on célébre la passion du Christ mais en la faisant débuter à l'origine de tout, à Adam et Eve, cela dure 4 jours et 4 nuits décor naturel. Après ça, on va aller voir le château de João Capão, un électricien qui avait fait une fixation sur les châteaux médiévaux, l´équivalent d'un facteur Cheval ou d'un Piqueassiette de Chartres. Il a mis 20 ans à réaliser son rêve et à le construire de ses propres mains , aujourd'hui c'est sa fille qui y habite et reçoit les visiteurs. Sans commentaire! Le tour continue par l'horloge de fleurs sur le gazon d'un petit parc à proximité de la radio locale mais elle ne marche plus depuis 4 jours. Après ça, on va aller jusqu'au sanctuaire de Mãe Rainha, inauguré en 2004, identique au premier construit par des jeunes séminaristes à Schoenstatt, en Allemagne en 1914 sur l'initiative de leur directeur spirituel qui cherchait un lieu pour se réunir.
Surprise pour la suite, on va aller à Freixeira voir le sanctuaire de Santa Quitéria, fêtée le 7 septembre; cette fois-ci l'origine c'est au Portugal, un couple de portugais apportèrent la statue de la Sainte et il y eut miracle. L'église est peinte en rose, dépouillée de tout mobilier, les murs couverts de photos et d'ex-voto, le plus souvent pieds, mains et membres en bois. Lula est passé par là (il est originaire d'un village proche), a-t-il demandé à la sainte d'être président, allez on parie que oui! autre personnalité venue ici, Elba Ramalho, une chanteuse nordestine très côtée.
La sainte est dans sa niche, derrière une grille, pourquoi?, il ya eu 2 tentatives de vol qui se sont soldées par des échecs car il se produisit, paraît-il, un vacarme qui alerta les habitants. Le village s'est construit autour du sanctuaire. Si vous voulez demander une grâce, il faut passer sous l'autel à croupetons, ressortir et faire le tour 3 fois de suite. C'est compris dans le voeu que s'il s'accomplit, vous reviendrez remercier la sainte en mettant une photo ou un objet, le plus souvent accompagné de la formule agradeço a Santa Quitéria a graça alcançada, (je remercie Ste Quitéria pour l'accomplissement de mon voeu). A l'extérieur, il y a un musée qui montre des peintures de la sainte et ses soeurs, selon la tradition portugaise, le mère de Quitéria, païenne, mit au monde 9 filles d'un coup mais le père étant absent, elle demanda à sa servante d'aller les noyer pour que l'on ne l'accuse pas d'adultére, cette derniére, chrétienne préféra confier les nouvelles-nées à des nourrices, ce qui n'empêchera pas qu'elles finissent toutes leur vie dans le martyr, Quitéria quant à elle sera décapitée. L'excursion se termine en douceur à la fabrique de chocolat de la ville.

lundi 15 décembre 2008

A FEIRA DE CARUARU

Ce qui fait la gloire de la ville, c'est , installée dans le Parc du 18 mai , l'immense aire de marché, a feira de Caruaru qui a d'ailleurs été déclaré en 2007 Patrimonio Cultural Imaterial Brasileiro. L'origine de la foire se confond avec celle de la ville quand, il y a 200 ans, l'endroit servait de halte pour les marchands de bestiaux du sertão allant vendre sur la côte et pour les marchands ambulants venant du littoral et allant vendre à l'intérieur. Selon les jours, le marché connaît une plus ou moins grande affluence , le samedi et le mardi étant les jours forts avec le marché au bétail . Chaque secteur a son coin, artisanat, fruits et légumes, herbes médicinales, habillement et même un espace pour le troc et au milieu de tout ça, on peut entendre parfois des vendeurs de cordel faire leur pub par haut-parleurs ou des repentistas s'affronter dans une joute oratoire, accompagnés à la guitare mais je dois dire que je n'ai pas eu cette chance-là. La feira a été aussi le théme de maints cordeís, théme repris aussi à l'occasion du projet implanté en milieu scolaire.
LE MUSEU DE CORDEL
Il est dans l'enceinte du marché de Caruaru, un peu en retrait du secteur artisanal, c'est le seul du genre qui existe en Amérique du Sud. L'idée vint d'un cordeliste , Olegário Fernandes (1932-2002) qui lutta pour que son projet prenne corps et son rêve se réalisa quand le musée fut inauguré le 21 août 1999. A sa mort, la ville donna son nom au musée, une petit maison en bois toute simple, ouvert á tous, entrée gratuite ses enfants qui tiennent l'échoppe contigüe assurent actuellement la permanence. Petite parenthése , c'est la tendance ici, la famille prend en charge le fonds culturel créé. Au fond de la pièce, sont épinglés des folhetos sur tout le pan de mur, face á l'entrée trône la presse manuelle que O. Fernandes utilisait pour imprimer ses propres cordels, sur les autres murs on trouve des articles de journaux, des photos de plusieurs poétes et cordelistes, quelques affiches. Il commemnce á pleuvoir et on se précipite pour couvrir d'un plastique des livres exposés sur une table juste sous un trou de la toiture. On ne va pas quitter l'endroit sans dire quelques mots sur ce cordeliste.
OLEGÁRIO FERNANDES
Sa première publication "A estória do boi de Minas e as carnes contaminadas" (L'histoire du boeuf du Minas Gerais et les viandes contaminées)va avoir un énorme retentissement , il peut arrêter de travailler ailleurs et réussit à vivre de sa plume. Il imprime ses oeuvres lui-même jusqu'en 1999, année où il commence à confier l'impression á une maison d'édition de Recife, Editora Coqueiro. Il écrira au cours de sa vie plus de 212 cordels dont la meilleure vente sera celle de " O menino de 2 cabeças" (L'enfant à deux têtes). Son dernier lancement sera un cordel sur " A morte do piloto Ayrton Senna", vendu à plus de 8000 exemplaires. Il va être profondément irrité en apprenant le piratage de ses cordels, , que des copies sont vendues à la feria de São Cristovão, à Rio de Janeiro.
Intuition ou hasard, la veille de sa mort il écrit : "J'ai 70 ans, dans cette vie crue et nue, je passe la nuit chez moi et et je passe la journée dans la rue et voilá la mort qui m'invite à aller vivre tous les deux sur la lune."
.Allez, on continue un brin dans le temps puisqu'on y est et je vais vous toucher deux mots sur l'Acadêmia Caruarense de Literatura de Cordel créée le 18 mai 2005 dans le but de faire retrouver aux gens le goût pour la literatura de cordel, le cordeliste étant le représentant des classes populaires qui fournit un instrument de réflexion et des infos sur les thémes les plus divers. LAcadémie compte actuellement 16 membres d'un âge échelonné entre 20 et + de 60 ans, avec es niveaux scolaires diférents. Il ressort d'une étude sur le sujet que 50% d'entre eux sont autonomes c'est-à-dire avec des revenus en rapport direct ou indirect avec le cordel, il y a quelques retraités parmi eux, pour les autres aucun d'entre eux ne touche moins qu'un salaire minimum ou plus que 6 salaires minimum. Un tiers d'entre eux ont été influencés par leur famille.
Des problèmes ui quettent le genre, on évoque surtout la perte de la xylogravure et de la forme du cordel (rime et métrique).




dimanche 14 décembre 2008

A TAPIOCA


A TAPIOCA

c'est une sorte de crêpe épaisse faite avec ce qu'on appelle ici "goma de tapioca" (fécule de tapioca), un peu plus grande qu'un blini, elle se sert pliée en deux et la traditionnelle est fourrée á la noix de coco ou encore au fromage. A Olinda, plein de petits marchands ambulants en vendent prés des lieux touristiques.

Bon, si voulez la recette en français, je la mets. Le lien, c'est pour la recette en portugais.

Chez Moisés et Maricélia, j'en ai mangé des délicieuses faite maison qu'ivan , leur fils nous présente ici (à voir en images).